Réflexions personnelles sur notre système éducatif et son actualité

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à propos de la compétence « utiliser le micro trottoir en journalisme »

In Au piquet on 1 novembre 2012 at 13 h 14 min

Hier soir dans la voiture. Reportage sur France info à l’occasion des élections présidentielles américaines. Retour sur la mesure phare de B. Obama : la loi « santé ».

Interview d’une américaine qui dispose d’une assurance privé et qui, si elle comprend bien qu’il faut en fournir une aux plus pauvres, ne voit pas pourquoi elle serait obligée d’en changer. Second interview d’une autre américaine qui nous explique qu’avec la nouvelle loi, elle ne pourrait plus se faire soigner du cancer comme elle l’a fait il y a quelques années. Fin du « micro trottoir ».

Et là, excellent travail de la  journaliste qui nous explique que ces témoignages relèvent du ressenti et non de la réalité. La première américaine était visiblement mal informée, quant à la deuxième, elle était sans doute militante républicaine. La journaliste nous expose ensuite dans le détail le contenu de la loi  et nous démontre que les propos précédents étaient totalement infondés. Elle précise aussi que l’administration Obama a bien mal présenté et défendu cette loi.  Bref, elle fait du journalisme.

Me vient alors en tête un parallèle. Le matin, deux pages dans Le Figaro  Libération consacrées au livret personnel de compétences (LPC), à moins que ce ne fût au socle commun, ou encore à l’évaluation, (pas facile de savoir au juste tant tout y est mélangé). Comme dans le reportage de France Info, on donne la parole à des témoins : quatre profs de collège, dont l’une très médiatique.

Et là on a droit à une série d’affirmations impitoyables.

On lit ainsi que le LPC est  «un outil bureaucratique, inspiré de recommandations européennes et de l’OCDE, qui véhicule l’idée d »élèves employables » avec des compétences qui tourne le dos à à une vision humaniste du savoir»

ou encore que le «socle commun, ça veut dire un minimum. Alors qu’il s’agit de faire progresser les élèves. Et puis je n’aime pas ce mode d’évaluation binaire « acquis » ou « pas acquis »».

Un collègue nous alarme : « Le gros danger à ne travailler que par compétences : c’est d’oublier les connaissances. Or il faut d’abord commencer par elles. »

Quant à la médiatique Mara Goyet, (en digne héritière de Natacha Polony)  elle s’amuse :

« cette idée de devoir mettre une date à côté de chaque acquisition »

« tout est mis sur le même plan : « Dégager l’essentiel d’un texte lu » et « savoir nager » »

 » Dans le même registre, et dans ce grand ensemble dédié à sonder la culture humaniste des collégiens, on trouve l’item : « être sensible aux enjeux esthétiques et humains ». C’est sacrément grandiloquent, et je ne vois pas comment donner une note de sensibilité. »

Si Libé avait travaillé comme France Info, on aurait eu droit à quelques explications et rectificatifs. On aurait pu lire que les intervenants confondaient allègrement socle commun et LPC, évaluation et validation, évaluation et notation  …

On aurait pu mettre en relief leurs contradictions : un LPC qui tourne à la fois « le dos à une vision humaniste du savoir » … mais qui possède « un grand ensemble dédié à la culture humaniste des collégiens »

On aurait pu préciser que le LPC tel qu’il existe de ne demande pas de dater ni de noter l’acquisition des compétences ou encore que tout n’est pas mis sur le même plan puisque présenté en 7 piliers bien distincts, montrant ainsi que certains propos sont tout simplement mensongers.

Une mise en perspective avec la réalité des textes et des pratiques aurait permis de différencier évaluation (qui n’est pas binaire) par compétences et validation (qui elle l’est par nature !).

Un simple entretien avec un prof de collège qui pratique vraiment l’approche par compétence aurait permis de tordre le cou à ce « marronnier « : compétences et connaissances sont antinomiques. Une compétence est en effet la mise en oeuvre, la mobilisation de connaissances.

Un recadrage aurait été nécessaire quant à la nature du socle commun. Minimum en effet, mais minimum qui doit être garanti à tous (et non minimum qui remplace les programmes comme on veut le faire croire). L’instauration du SMIC a-t-il fait baisser la totalité des salaires ou a-t-il permis à certains d’obtenir un minimum décent ? La suppression du SMIC entraînerait-elle une élévation des salaires ?

On aurait pu aussi cibler les justes problèmes repérés par les collègues : le degré d’acquisition attendu, l’inutile complexité du livret, la manque de cohérence dans la mise en place du socle…

On le voit, en adoptant la méthode utilisée par sa consœur de France Info, la journaliste de Libé aurait pu nous offrir un article intéressant montrant toute la complexité des débats éducatifs. Comme pour le reportage précédemment cité, on aurait pu conclure que beaucoup sont mal (in)formés, que d’autres s’opposent en avançant des arguments fallacieux et enfin que l’administration a bien mal présenté et défendu cette réforme.

Hélas non.

On a au contraire eu droit à une illustration de ce qu’affirmait M-C. Missir de l’Express lors du colloque organisé par le CRAP-Cahiers pédagogiques mardi dernier  « L’éducation dans les médias, c’est une affaire de marronniers et des camions de clichés« 

Des ateliers de progrès aux tâches complexes en classe de 4ème en hist-géo-ed civ

In Salle de classe on 17 janvier 2012 at 20 h 25 min

Travailler par compétences dans le cadre du socle commun, c’est :

– prendre en compte les progrès des élèves

– exiger des élèves qu’ils soient capables de mobiliser connaissances et compétences sur le long terme

– donner du sens aux apprentissages et à leur évaluation.

 C’est ce qu’on a tenté de mettre en œuvre dans nos classes de quatrième en s’appuyant notamment sur la lecture du remarquable livre d’A.di Martino et de A-M. Sanchez  » Socle commun et compétences, pratiques pour le collège », ESF éditeur & Cahiers Pédagogiques et sur la journée de stage animée par J-M Zakhartchouk dans notre établissement l’année dernière.

 Avant les vacances de Noël, les premières parties des programmes étant terminées, nous avons demandé à nos élèves de nous faire des demandes de réévaluation sur certaines capacités travaillées et déjà évaluées depuis le début de l’année (3 par matière). La lecture attentive de leur grille d’évaluation sur SACoche leur a permis de choisir.

Faire de notre « usine à cases » une turbine à progrès…

 Dans le même temps nous leur avons distribué des fiches « je révise par partie » [pour les profs d’hgec curieux c’est ici et ], afin de leur permettre de revoir les premières parties de programme en y cernant l’essentiel.

 A la rentrée de janvier, nous avons proposé à nos élèves des ateliers de progrès, qui leur permettaient de travailler les capacités choisies. A partir de leurs demandes de révaluation , nous les avons répartis dans 7 ateliers de progrès :

  • « maîtriser le vocabulaire »
  • «  connaître les cartes »
  • « construire une carte »
  • « avoir des repères dans le temps (dates, événements, personnages .. ; »
  • « raconter un fait historique »
  • « décrire et expliquer un phénomène géographique »
  • « identifier des liens causes / conséquences »

Les intitulés des ateliers nous ont permis d’y regrouper la quasi totalité des items choisis dans la grille de capacités.

Nos classes de Quatrième sont alignées deux par deux sur des plages horaires de deux heures dans leur emploi du temps. Nous avons donc pu créer des groupes mêlant des élèves de deux classes, chaque professeur prenant en charge la moitié des thèmes proposés.

Ces ateliers ont duré une heure pendant lesquels les élèves ont pu réviser en suivant des pistes de travail données, en croisant leurs cours et en s’appuyant sur les fiches « je révise par partie ».

Ce fut une réussite. La très grande majorité des élèves ont pleinement profité de ce temps de révisions/préparation et d’échanges, l’un d’entre eux nous confiant qu’il avait pour une fois eu l’impression de « réviser vraiment ».

Une semaine après ces ateliers, nous avons proposé aux élèves un  devoir commun sous forme de tâches complexes [un clic pour voir] sur l’ensemble de ce qui a été fait au cours du premier trimestre. A l’issue de ce devoir, les élèves ne seront pas tous évalués sur les mêmes compétences et connaissances mais sur celles qu’ils auront chacun mobilisées pour réaliser ces tâches (qui leur laissaient une part de liberté quant à leur réalisation).

 Certains ont été surpris par ces énoncés mais aucun n’a séché, tous ont travaillé, produit. Reste à découvrir le résultat … objet d’un prochain article.

Cet article est aussi l’occasion de remercier mon collègue C. Lecarlier de me suivre dans ces aventures pédago…

Une approche par compétences, de la remédiation à la ré-évaluation

In Salle de classe on 31 octobre 2011 at 18 h 59 min

Une classe de 4e, en histoire…

temps 1 : une activité par groupe de quatre élèves. A partir d’un corpus documentaire, les élèves doivent réaliser une fiche sur un philosophe des Lumières : 5 étapes-clés de sa vie / son oeuvre / ses idées et conclure en rédigeant un texte de synthèse montrant comment lui (et d’autres philosophes et savants) ont contribué à  modifier l ‘état d’esprit du XVIIIème siècle.

La séance suivante est consacrée à une brève mise en commun (à l’issue de laquelle les élèves s’autoévaluent sur les objectifs annoncés) et à l’élaboration d’une synthèse plus générale sur les Lumières.

temps 2 : évaluation. Les élèves doivent rédiger un paragraphe répondant à la consigne suivante : « Rédigez un paragraphe de quelques lignes dans lequel vous présenterez un philosophe des Lumières (vie, écrits et idées). Vous concluerez en montrant comment lui et les autres philosophes et savants des Lumières ont remis en cause l’ordre politique et social du XVIIIème siècle. »

 A côté d’une compétence transdiciplinaire « comprendre une consigne complexe », et pluridisciplinaire « rédiger un paragraphe construit » , d’autres objectifs disiciplinaires sont ici attendus « maîtriser quelques repères historiques » / « présenter un philosophe » /  » Présenter les idées des Lumières »

La restitution de cette évaluation se fait sans note mais par capacités, avec quatre niveau d’acquisition. Le message n’est pas « c’est bien / pas bien » mais plutôt « tu as su faire (ou presque) / tu ne sais pas encore le faire »

temps 3 : remédiation. la webapplication SACoche me permet d’obtenir une répartition des élèves en fonction de leur degré d’acquisition pour chacune des capacités évaluées. (cliquer sur l’image pour agrandir)
répartition élèvesJe m’en sers pour former des binômes, en veillant à ce que chacun puisse apporter quelquechose à l’autre. Par deux, les élèves se repenchent sur cette tâche, corrigent leurs erreurs, complètent leur texte… Ils s’appuient pour cela sur leur « grille » de résultats.

temps 4 : réévaluation. Les élèves qui le souhaitaient ont pu me faire part de leur souhait d’être réévalués sur un ou plusieurs points. L’évaluation de la séquence suivante m’en offre l’occasion. Il s’agit en effet d’un contrôle sur « les difficultés de la monarchie française sous Louis XVI » à partir d’un récit d’Arthur Young. L’agronome anglais y évoque justement la diffusion d' »aspirations nouvelles provoquant une grande fermentation chez une partie de la société française ». Ce passage me fournit l’occasion, après d’autres questions ciblées sur la nouvelle séquence, de demander à ces élèves de présenter un philosophe et ces idées nouvelles. Les autres ont droit eux à une question supplémentaire, de synthèse sur les difficultés en 1788.

Evaluation personnalisée en fonction du niveau d’exigence déjà atteint. Chacun devra bien parvenir au même point, mais à son rythme. L’essentiel n’est pas ici de gagner le marathon mais de le terminer.

Tous les élèves concernés ont amélioré leurs résultats par rapport à la première fois (« maintenant tu sais faire » !). Ce n’est pas encore parfait pour tous, ce ne sont pas toujours les idées essentielles qui ont été données mais c’est mieux, et l’étude de la Révolution Française dans quelques semaines permettra d’y revenir.

Cette approche m’a donc permis de faire acquérir à tous des connaissances et des compétences que je jugeais essentielles pour la suite, d’autant plus que la plupart étaient inscrites dans le socle commun. Commun : c’est bien là le mot important ! En tenant compte du rythme d’apprentissage de chacun, en permettant aux élèves de s’appuyer sur leurs erreurs pour progresser, j’ai pu tenter de rendre l’essentiel « commun » à tous.

J’ai beau relire les rapports de l’OCDE que l’on peut trouver sur les sites de syndicats ou mouvements dits progressistes, je ne vois pas en quoi en travaillant ainsi j’ai pu m’inscrire dans une logique ultralibérale.

J’ai beau relire les jérémiades des pamphlétaires médiatiques ou celles des « néo-profs », je ne vois pas en quoi en travaillant ainsi j’ai pu sacrifier les connaissances, baisser les exigences.

Bien au contraire me semble-t-il puisque tous les élèves maîtrisent désormais ce qui était attendu (mais c’est peut-être justement ce qui gêne les défenseurs d’une école élitiste).