Réflexions personnelles sur notre système éducatif et son actualité

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Une évaluation sous forme de tâche complexe en géographie en 3e

In Salle de classe on 5 novembre 2012 at 13 h 24 min

En guise d’exemple de ce qu’il est possible de mettre en place en histoire-géo. Loin de moi l’idée d’en faire un modèle, c’est sans doute améliorable. Mais une réponse à ceux qui proclament que c’est impossible ou inutile.

En classe de Troisième : évaluation proposée après la séquence consacrée à la région (Nord-Pas-de-Calais)

Une tâche complexe : 

Surpris dans un premier temps, les élèves ont à l’unanimité trouvé ce type d’évaluation intéressant. Ils ont d’ailleurs tous produit une affiche.
Il s’agissait bien d’une évaluation de fin de séquence. Les élèves n’avaient donc pas accès internet ni à leur manuel.
Ils pouvaient toutefois  me proposer d’autres illustrations que celles fournies en indiquant leur nature dans des cadres vierges (je me suis chargé de les ajouter par la suite). Ils pouvaient aussi me proposer des tailles plus grandes pour les vignettes fournies (là aussi je me suis charger de leur agrandir). Voilà pour la forme … qui compte beaucoup pour les élèves.
Quant au fond, j’attendais un mobilisation des connaissances sur la région et de quelques savoir-faire, notamment l’élaboration d’un croquis cartographique.
Comme annoncé dans l’énoncé, chaque élève n’était évalué que sur les capacités qu’ils tentaient de mettre en oeuvre.
Certaines étaient communes à tous :
en « transversal » :
-Comprendre et respecter une consigne complexe
-soigner son écriture,sa présentation
-Choisir le bon support de communication
en « géographie »
-décrire et expliquer l’organisation et le fonctionnement d’un espace
D’autres ont été évaluées en fonction des choix effectués par les élèves
– Connaître les différentes collectivités locales et leurs compétences
– Maîtriser le vocabulaire des espaces ruraux
– Maîtriser le vocabulaire des espaces urbains
– décrire et expliquer un aménagement du territoire
– manier les changements d’échelles
– construire ou compléter une carte ou un croquis et sa légende
Quelques productions particulièrement réussies :

Pour quels résultats ?
Certains élèves qui apprennent leurs leçons sans leur donner suffisamment de sens pour pouvoir les utiliser efficacement d’habitude ont pu, avec ce type de tâche, davantage se retrouver. Ils ont pu en effet « montrer » tout ce qu’ils avaient appris.
Il y avait en fait deux écueils à éviter :
– réaliser effectivement une affiche mais en oubliant d’utiliser le cours. Certains élèves, peu nombreux, sont tombés dans ce piège. Parmi ceux-ci une part n’aurait sans doute pas fait mieux avec une évaluation plus classique faute de maîtriser vraiment l cours.
– « réciter » son cours, en montrer le plus possible … en oubliant le support demandé. Certains « bons » élèves ont parfois flirter avec cette lacune, qui au final, n’est pas bien grave.
Une capacité a été moins bien réussie que les autres : décrire et expliquer un aménagement. J’en suis sans doute un peu responsable. Malgré la mise en garde dans la consigne, beaucoup d’élèves ont voulu utiliser tout ou partie des illustrations fournies en se contentant d’illustrer (alors qu’elles correspondaient toutes à des réalisations régionales étudiées en classe).
Si vous pensez qu’à travers cette démarche j’ai servi l’ultralibéralisme et me suis fait un apôtre de l’OCDE, n’hésitez pas à me le démontrer…
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à propos de la compétence « utiliser le micro trottoir en journalisme »

In Au piquet on 1 novembre 2012 at 13 h 14 min

Hier soir dans la voiture. Reportage sur France info à l’occasion des élections présidentielles américaines. Retour sur la mesure phare de B. Obama : la loi « santé ».

Interview d’une américaine qui dispose d’une assurance privé et qui, si elle comprend bien qu’il faut en fournir une aux plus pauvres, ne voit pas pourquoi elle serait obligée d’en changer. Second interview d’une autre américaine qui nous explique qu’avec la nouvelle loi, elle ne pourrait plus se faire soigner du cancer comme elle l’a fait il y a quelques années. Fin du « micro trottoir ».

Et là, excellent travail de la  journaliste qui nous explique que ces témoignages relèvent du ressenti et non de la réalité. La première américaine était visiblement mal informée, quant à la deuxième, elle était sans doute militante républicaine. La journaliste nous expose ensuite dans le détail le contenu de la loi  et nous démontre que les propos précédents étaient totalement infondés. Elle précise aussi que l’administration Obama a bien mal présenté et défendu cette loi.  Bref, elle fait du journalisme.

Me vient alors en tête un parallèle. Le matin, deux pages dans Le Figaro  Libération consacrées au livret personnel de compétences (LPC), à moins que ce ne fût au socle commun, ou encore à l’évaluation, (pas facile de savoir au juste tant tout y est mélangé). Comme dans le reportage de France Info, on donne la parole à des témoins : quatre profs de collège, dont l’une très médiatique.

Et là on a droit à une série d’affirmations impitoyables.

On lit ainsi que le LPC est  «un outil bureaucratique, inspiré de recommandations européennes et de l’OCDE, qui véhicule l’idée d »élèves employables » avec des compétences qui tourne le dos à à une vision humaniste du savoir»

ou encore que le «socle commun, ça veut dire un minimum. Alors qu’il s’agit de faire progresser les élèves. Et puis je n’aime pas ce mode d’évaluation binaire « acquis » ou « pas acquis »».

Un collègue nous alarme : « Le gros danger à ne travailler que par compétences : c’est d’oublier les connaissances. Or il faut d’abord commencer par elles. »

Quant à la médiatique Mara Goyet, (en digne héritière de Natacha Polony)  elle s’amuse :

« cette idée de devoir mettre une date à côté de chaque acquisition »

« tout est mis sur le même plan : « Dégager l’essentiel d’un texte lu » et « savoir nager » »

 » Dans le même registre, et dans ce grand ensemble dédié à sonder la culture humaniste des collégiens, on trouve l’item : « être sensible aux enjeux esthétiques et humains ». C’est sacrément grandiloquent, et je ne vois pas comment donner une note de sensibilité. »

Si Libé avait travaillé comme France Info, on aurait eu droit à quelques explications et rectificatifs. On aurait pu lire que les intervenants confondaient allègrement socle commun et LPC, évaluation et validation, évaluation et notation  …

On aurait pu mettre en relief leurs contradictions : un LPC qui tourne à la fois « le dos à une vision humaniste du savoir » … mais qui possède « un grand ensemble dédié à la culture humaniste des collégiens »

On aurait pu préciser que le LPC tel qu’il existe de ne demande pas de dater ni de noter l’acquisition des compétences ou encore que tout n’est pas mis sur le même plan puisque présenté en 7 piliers bien distincts, montrant ainsi que certains propos sont tout simplement mensongers.

Une mise en perspective avec la réalité des textes et des pratiques aurait permis de différencier évaluation (qui n’est pas binaire) par compétences et validation (qui elle l’est par nature !).

Un simple entretien avec un prof de collège qui pratique vraiment l’approche par compétence aurait permis de tordre le cou à ce « marronnier « : compétences et connaissances sont antinomiques. Une compétence est en effet la mise en oeuvre, la mobilisation de connaissances.

Un recadrage aurait été nécessaire quant à la nature du socle commun. Minimum en effet, mais minimum qui doit être garanti à tous (et non minimum qui remplace les programmes comme on veut le faire croire). L’instauration du SMIC a-t-il fait baisser la totalité des salaires ou a-t-il permis à certains d’obtenir un minimum décent ? La suppression du SMIC entraînerait-elle une élévation des salaires ?

On aurait pu aussi cibler les justes problèmes repérés par les collègues : le degré d’acquisition attendu, l’inutile complexité du livret, la manque de cohérence dans la mise en place du socle…

On le voit, en adoptant la méthode utilisée par sa consœur de France Info, la journaliste de Libé aurait pu nous offrir un article intéressant montrant toute la complexité des débats éducatifs. Comme pour le reportage précédemment cité, on aurait pu conclure que beaucoup sont mal (in)formés, que d’autres s’opposent en avançant des arguments fallacieux et enfin que l’administration a bien mal présenté et défendu cette réforme.

Hélas non.

On a au contraire eu droit à une illustration de ce qu’affirmait M-C. Missir de l’Express lors du colloque organisé par le CRAP-Cahiers pédagogiques mardi dernier  « L’éducation dans les médias, c’est une affaire de marronniers et des camions de clichés« 

Bilan de l’évaluation « par compétences » dans mon collège pour 2011-2012

In Salle des profs on 8 octobre 2012 at 17 h 19 min

En juin dernier, l’équipe engagée dans cette démarche a fait le point.

25 professeurs ont utilisé SACoche comme outil de suivi des acquis des élèves en 2011-2012 et ont évalué (tout ou partie) par capacités.

Aspects positifs observés :

– Plus facile de « raccrocher » les élèves après un échec

– des retours positifs après les réévaluations

– En français, pratique pour les outils de langue

– il y a moins de hiérarchie dans la classe

– Validation des compétences du socle commun plus aisée en fin d’année car s’appuyant sur nos outils de suivi

Evolution des pratiques des enseignants :

– Les modes d’évaluation ont évolué : ne pas tout évaluer au cours d’un contrôle, ne pas évaluer tous les élèves sur les mêmes capacités, ne pas évaluer tous les élèves en même temps …

– Permettre les réévaluations. Les élèves ont été nombreux à faire des demandes de réévaluations sur SACoche ou directement auprès des professeurs. Elles ont pris plusieurs formes :

. réévaluation en fin de trimestre à partir des demandes des élèves

. réévaluation après remédiation d’un même item dans le contrôle suivant (question supplémentaire ou évaluation de cet item pour certains élèves seulement à partir d’une tâche commune)

. évaluation à l’oral

. réévaluation à partir des activités de classe

Aspects négatifs observés / difficultés rencontrées

1) pour la démarche

– Pas toujours faciles pour les enseignants de se passer du « classement » (fut-il officieux) et de la hiérarchie apparente dans la classe entre les élèves (notamment en EPS) quand on l’a toujours connu en tant que professeur et comme élève !

– attention au « trop d’items » dans nos grilles

– en français, démarche difficile pour l’expression écrite

– Difficultés d’évaluer par compétences lors des travaux de groupe

– interrogation sur la note fournie pour le contrôle continu au DNB. celle-ci étant la moyenne des trois notes bilan fournies dans l’année e correspond pas à notre démarche : seule la dernière note devrait être prise en compte. Inadéquation avec Sconet Note ?

2) pour la remédiation / les réévaluations

– Les demandes spontanées de réévaluation sont difficiles à gérer quand elles sont trop nombreuses

– réévaluation difficiles à l’oral

Perspectives pour 2012 / 2013

1) Communications aux familles

Améliorer la communication des résultats aux familles :

. création d’un dossier qui regroupera toutes les grilles disciplinaires et transdisciplinaires à faire signer au moment des relevés de notes

. interrogation sur l’utilisation des relevés fournis par SACoche : lesquels sont les plus pertinents et accessibles aux familles (le nouveau relevé « bulletin » ? ne pas multiplier les photocopies …

. Fournir un mode d’emploi du site aux parents

2) Approches par compétences

Continuer la réflexion engagée sur nos pratiques pour passer d’une pédagogie par objectifs à une véritable approches par compétences.

Faire travailler les élèves sur des tâches complexes, notamment pluridisciplinaires

Mutualisation des pratiques de travail en groupe

Utilisation des nouvelles fonctionnalités proposées par SACoche notamment l’autoévaluation

3) Remédiation

Continuer la réflexion engagée sur les pratiques de remédiation : mutualisation de ces pratiques

Dans la perspective de la maîtrise du socle par tous les élèves, s’appuyer sur nos outils de suivi pour remédier le plus tôt possible aux manques de certains élèves

Des ateliers de progrès aux tâches complexes en classe de 4ème en hist-géo-ed civ

In Salle de classe on 17 janvier 2012 at 20 h 25 min

Travailler par compétences dans le cadre du socle commun, c’est :

– prendre en compte les progrès des élèves

– exiger des élèves qu’ils soient capables de mobiliser connaissances et compétences sur le long terme

– donner du sens aux apprentissages et à leur évaluation.

 C’est ce qu’on a tenté de mettre en œuvre dans nos classes de quatrième en s’appuyant notamment sur la lecture du remarquable livre d’A.di Martino et de A-M. Sanchez  » Socle commun et compétences, pratiques pour le collège », ESF éditeur & Cahiers Pédagogiques et sur la journée de stage animée par J-M Zakhartchouk dans notre établissement l’année dernière.

 Avant les vacances de Noël, les premières parties des programmes étant terminées, nous avons demandé à nos élèves de nous faire des demandes de réévaluation sur certaines capacités travaillées et déjà évaluées depuis le début de l’année (3 par matière). La lecture attentive de leur grille d’évaluation sur SACoche leur a permis de choisir.

Faire de notre « usine à cases » une turbine à progrès…

 Dans le même temps nous leur avons distribué des fiches « je révise par partie » [pour les profs d’hgec curieux c’est ici et ], afin de leur permettre de revoir les premières parties de programme en y cernant l’essentiel.

 A la rentrée de janvier, nous avons proposé à nos élèves des ateliers de progrès, qui leur permettaient de travailler les capacités choisies. A partir de leurs demandes de révaluation , nous les avons répartis dans 7 ateliers de progrès :

  • « maîtriser le vocabulaire »
  • «  connaître les cartes »
  • « construire une carte »
  • « avoir des repères dans le temps (dates, événements, personnages .. ; »
  • « raconter un fait historique »
  • « décrire et expliquer un phénomène géographique »
  • « identifier des liens causes / conséquences »

Les intitulés des ateliers nous ont permis d’y regrouper la quasi totalité des items choisis dans la grille de capacités.

Nos classes de Quatrième sont alignées deux par deux sur des plages horaires de deux heures dans leur emploi du temps. Nous avons donc pu créer des groupes mêlant des élèves de deux classes, chaque professeur prenant en charge la moitié des thèmes proposés.

Ces ateliers ont duré une heure pendant lesquels les élèves ont pu réviser en suivant des pistes de travail données, en croisant leurs cours et en s’appuyant sur les fiches « je révise par partie ».

Ce fut une réussite. La très grande majorité des élèves ont pleinement profité de ce temps de révisions/préparation et d’échanges, l’un d’entre eux nous confiant qu’il avait pour une fois eu l’impression de « réviser vraiment ».

Une semaine après ces ateliers, nous avons proposé aux élèves un  devoir commun sous forme de tâches complexes [un clic pour voir] sur l’ensemble de ce qui a été fait au cours du premier trimestre. A l’issue de ce devoir, les élèves ne seront pas tous évalués sur les mêmes compétences et connaissances mais sur celles qu’ils auront chacun mobilisées pour réaliser ces tâches (qui leur laissaient une part de liberté quant à leur réalisation).

 Certains ont été surpris par ces énoncés mais aucun n’a séché, tous ont travaillé, produit. Reste à découvrir le résultat … objet d’un prochain article.

Cet article est aussi l’occasion de remercier mon collègue C. Lecarlier de me suivre dans ces aventures pédago…

Une approche par compétences, de la remédiation à la ré-évaluation

In Salle de classe on 31 octobre 2011 at 18 h 59 min

Une classe de 4e, en histoire…

temps 1 : une activité par groupe de quatre élèves. A partir d’un corpus documentaire, les élèves doivent réaliser une fiche sur un philosophe des Lumières : 5 étapes-clés de sa vie / son oeuvre / ses idées et conclure en rédigeant un texte de synthèse montrant comment lui (et d’autres philosophes et savants) ont contribué à  modifier l ‘état d’esprit du XVIIIème siècle.

La séance suivante est consacrée à une brève mise en commun (à l’issue de laquelle les élèves s’autoévaluent sur les objectifs annoncés) et à l’élaboration d’une synthèse plus générale sur les Lumières.

temps 2 : évaluation. Les élèves doivent rédiger un paragraphe répondant à la consigne suivante : « Rédigez un paragraphe de quelques lignes dans lequel vous présenterez un philosophe des Lumières (vie, écrits et idées). Vous concluerez en montrant comment lui et les autres philosophes et savants des Lumières ont remis en cause l’ordre politique et social du XVIIIème siècle. »

 A côté d’une compétence transdiciplinaire « comprendre une consigne complexe », et pluridisciplinaire « rédiger un paragraphe construit » , d’autres objectifs disiciplinaires sont ici attendus « maîtriser quelques repères historiques » / « présenter un philosophe » /  » Présenter les idées des Lumières »

La restitution de cette évaluation se fait sans note mais par capacités, avec quatre niveau d’acquisition. Le message n’est pas « c’est bien / pas bien » mais plutôt « tu as su faire (ou presque) / tu ne sais pas encore le faire »

temps 3 : remédiation. la webapplication SACoche me permet d’obtenir une répartition des élèves en fonction de leur degré d’acquisition pour chacune des capacités évaluées. (cliquer sur l’image pour agrandir)
répartition élèvesJe m’en sers pour former des binômes, en veillant à ce que chacun puisse apporter quelquechose à l’autre. Par deux, les élèves se repenchent sur cette tâche, corrigent leurs erreurs, complètent leur texte… Ils s’appuient pour cela sur leur « grille » de résultats.

temps 4 : réévaluation. Les élèves qui le souhaitaient ont pu me faire part de leur souhait d’être réévalués sur un ou plusieurs points. L’évaluation de la séquence suivante m’en offre l’occasion. Il s’agit en effet d’un contrôle sur « les difficultés de la monarchie française sous Louis XVI » à partir d’un récit d’Arthur Young. L’agronome anglais y évoque justement la diffusion d' »aspirations nouvelles provoquant une grande fermentation chez une partie de la société française ». Ce passage me fournit l’occasion, après d’autres questions ciblées sur la nouvelle séquence, de demander à ces élèves de présenter un philosophe et ces idées nouvelles. Les autres ont droit eux à une question supplémentaire, de synthèse sur les difficultés en 1788.

Evaluation personnalisée en fonction du niveau d’exigence déjà atteint. Chacun devra bien parvenir au même point, mais à son rythme. L’essentiel n’est pas ici de gagner le marathon mais de le terminer.

Tous les élèves concernés ont amélioré leurs résultats par rapport à la première fois (« maintenant tu sais faire » !). Ce n’est pas encore parfait pour tous, ce ne sont pas toujours les idées essentielles qui ont été données mais c’est mieux, et l’étude de la Révolution Française dans quelques semaines permettra d’y revenir.

Cette approche m’a donc permis de faire acquérir à tous des connaissances et des compétences que je jugeais essentielles pour la suite, d’autant plus que la plupart étaient inscrites dans le socle commun. Commun : c’est bien là le mot important ! En tenant compte du rythme d’apprentissage de chacun, en permettant aux élèves de s’appuyer sur leurs erreurs pour progresser, j’ai pu tenter de rendre l’essentiel « commun » à tous.

J’ai beau relire les rapports de l’OCDE que l’on peut trouver sur les sites de syndicats ou mouvements dits progressistes, je ne vois pas en quoi en travaillant ainsi j’ai pu m’inscrire dans une logique ultralibérale.

J’ai beau relire les jérémiades des pamphlétaires médiatiques ou celles des « néo-profs », je ne vois pas en quoi en travaillant ainsi j’ai pu sacrifier les connaissances, baisser les exigences.

Bien au contraire me semble-t-il puisque tous les élèves maîtrisent désormais ce qui était attendu (mais c’est peut-être justement ce qui gêne les défenseurs d’une école élitiste).

Evaluation par compétences : de la nécessité d’informer les parents

In Salle des profs on 23 février 2011 at 14 h 07 min

illustration de Marc Chalvin tirée de Laura Jaffré "Tout ce que vous pensez des profs et ce qu'ils pensent de vous" ed. La Martinière

S’engager dans un système d’évaluation par compétences exige bien évidemment un effort d’explications vis à vis des familles, tant leurs attentes sont légitimement fortes dans ce domaine.

C’est d’autant plus important quand on doit faire face à une désinformation cherchant à faire passer ces pratiques pour néfastes voire dangereuses (certains n’hésitant pas à assimiler le livret de compétences au livret ouvrier !)

Dès le début d’année, nous avons pris soin d’informer les parents de notre pratique, et du pourquoi nous avions pris cette décision :

Madame, Monsieur,

Une partie de l’équipe pédagogique de la classe de …………….. proposera cette année une évaluation par compétences en lieu et place des notes traditionnelles.

Par ce choix, nous espérons pouvoir

– davantage prendre en compte les progrès réalisés par les élèves au fur et à mesure des évaluations.

– davantage prendre en compte les rythmes d’acquisition des apprentissages, différents d’un élève à l’autre

– engager des remédiations individualisées et mettre en place des groupes de besoin

Les élèves auront en effet la possibilité d’être ré-évalués sur ce qu’ils n’ont pas acquis, le droit à l’erreur sera ainsi vraiment pris en compte.

Avec ce système, les élèves connaîtront mieux nos attentes mais aussi et surtout les points forts sur lesquels ils pourront s’appuyer et les points faibles à corriger.

Il devrait aussi éviter de démotiver certains élèves.

Pour vous parents, ce système de communication des résultats de votre enfant pourra peut-être vous paraître déroutant dans un premier temps si vous êtes habitués aux notes.

Mais, vous recevrez très régulièrement des bilans qui vous permettront, mieux que par une simple note chiffrée, de voir où en est votre enfant dans ces matières et peut-être de savoir sur quoi le faire travailler.

De plus, si vous disposez d’internet, votre enfant et vous pourront consulter les résultats aux évaluations et les bilans intermédiaires, grâce à l’application Sacoche qui sera utilisée. (l’adresse et un mot de passe personnel vous seront communiqués). Cette application permet également de voir où en sont les élèves dans l’acquisition du socle commun de connaissances et de compétences nécessaire à l’obtention du brevet des collèges.

Enfin, sur le bulletin trimestriel, une moyenne sur 20 apparaîtra qui correspondra à la proportion d’objectifs atteints par l’élève au moment de l’édition du bulletin.

Nous restons à votre disposition pour toutes questions supplémentaires.

J’ai également rencontré un représentant des parents d’élèves, quelque peu réticent malgré son appartenance à une association qui soutient plutôt ce genre d’initiative, pour lui exposer la démarche.

Lors des réunions parents-professeurs,  je n’ai jamais éludé la question, bien au contraire, c’est souvent moi qui l’abordais.

Et je dois bien avouer que j’ai été agréablement surpris par ces échanges. Tout d’abord parce qu’un nombre beaucoup plus important que prévu de parents cautionnent notre démarche ; avec ceux qui n’ont pas de préférence pour l’un ou l’autre des systèmes, ils semblent former une majorité. On y trouve en priorité les parents des élèves difficultés qui semblent nous rejoindre sur l’aspect moins démotivant de ce système d’évaluation. Un père d’élève était quant à lui  beaucoup plus intéressé par le fait qu’on connaisse mieux les élèves. Pouvoir dresser la liste de ce que maîtrise un élève et des difficultés précises auxquelles il fait face ainsi que des progrès accomplis est en effet l’un des aspects les plus intéressant « des usines à cases ». Quant à ceux qui n’y sont pas favorables, je n’ai pas eu à faire face pour l’instant à une franche hostilité. L’un d’entre eux m’affirmait après la discussion « présenté comme cela, cela apparaît évidemment bien !« , quant à une autre « ce n’est pas que je sois contre votre système, c’est simplement qu’on est habitué aux notes » (comme les profs en somme !).

Je n’ai jamais cherché dans mon discours à essayer de convaincre, les parents comme les élèves (et comme les collègues) ont le droit de continuer à croire que la notation c’est mieux. Par contre, je m’efforce toujours d’expliquer les raisons de mon/notre choix ; ce n’est pas à ceux qui y sont hostiles de le faire (avec de faux arguments !) et là quel que soit le point de vue sur la question, les parents ont toujours été sensibles à notre discours.

Il y a bien eu une fois un dialogue de sourds :

– avec les notes au moins on peut situer son enfant par rapport aux autres

– … sourire

– [sourire aussi] oui, vous avez raison, mais que voulez-vous c’est un défaut de parent ça !

 

Il est évidemment encore trop tôt pour tirer un bilan définitif de la manière dont cette pratique a été accueillie par les parents, nous ferons une enquête pour cela en fin d’année, mais pour l’instant ce n’est pas le tollé que certains  prédisaient (espéraient?).

Et cela ne doit pas nous empêcher de réfléchir à la manière de rendre toujours plus lisibles les bilans communiqués aux familles. La note ce n’est pas plus simple, c’est plus simpliste. A nous de faire en sorte que les relevés compétences, cela soit à la fois pratiques et utiles.

Je dénote, tu notes, il note…

In Salle des profs on 29 novembre 2010 at 17 h 51 min

Je n’ai pas pu rester insensible au débat lancé sur la notation à l’école ces dernières semaines à la suite de l’appel de l’afev. Le fait que l’UNI, SOS Education et Eric Zemmour aient crié au scandale aurait pu à lui seul me rendre l’initiative sympathique. Il se trouve surtout que cette question arrive sur le devant de la scène médiatique (ce qui n’est d’ailleurs pas forcément une bonne chose pour les questions éducatives)  alors que j’ai décidé cette année d’abandonner (en collège) le système de notation. J’ai eu l’agréable surprise d’être suivi par de nombreux collègues. Ainsi pour deux classes de notre collège (une sixième et une quatrième), la quasi totalité des professeurs évaluent sans note. Les autres classes sont concernées à des degrés moindres : certains professeurs ont fait ce choix d’évaluation pour toutes leurs classes, d’autres y pratiquent le double système (notes+compétences). Attention toutefois à ne pas limiter une telle décision à la seule suppression des notes, au risque de cruelles désillusions (et de donner  -en partie- raison aux caricaturistes cités plus haut).

Il est évident qu’un de nos objectifs est d’éviter la démobilisation, la démotivation que peuvent provoquer les (mauvaises) notes, notamment chez les élèves de 6e. Celui qui n’a jamais vu un de ses jeunes élèves abandonner après deux ou trois mauvaises notes alors qu’il s’investissait jusque là est aveugle, insensible ou menteur. Relisons Chagrin d’école !

Mais faire le choix d’une évaluation par capacités ou compétences doit s’accompagner d’une modification des pratiques si on veut qu’elle soit effectivement positive.  Certaines équipes ont par le passé tenté en collège des expériences d’abandon des notes et en ont tiré des conclusions d’échec, parce qu’ils avaient confondu moyen et objectif. La suppression des notes ne doit pas être un but en soi mais un moyen de progresser et faire progresser. C’est pourquoi certains pédagogues  ont émis des réserves sur l’appel de l’Afev.

Aussi les objectifs poursuivis doivent être multiples :

– davantage prendre en compte les progrès réalisés par les élèves au fur et à mesure des évaluations. Reconnaître ainsi les acquis doit nous aider à donner confiance aux élèves, à leur donner estime et respect d’eux-mêmes.

– utiliser efficacement le droit à l’erreur

– davantage prendre en compte les rythmes d’acquisition des apprentissages, différents d’un élève à l’autre

– engager des remédiations individualisées

– mettre en place dans les classes une véritable approche par compétences

Or, tout cela la note, (et son cortège de coefficients, que quart de points, de moyenne trimestrielle, de moyenne la plus haute, la plus basse, …) ne le permet pas. Il nous parait en effet  essentiel en cas de plusieurs évaluations d’une même compétence, de ne prendre en compte que le dernier résultat obtenu par l’élève, ce que l’on pourrait traduire par : « Aux dernières nouvelles, l’élève savait (ou ne savait pas)… ». Dans le système d’évaluation traditionnelle on sanctionne davantage la rapidité d’acquisition d’un apprentissage plutôt que l’acquisition même de cet apprentissage.  Aussi, certains élèves qui progressent (forcément !) sur une année scolaire sont toujours mis en situation d’échec.

Illustration tirée de Gérard de Vecchi "banque de situation problèmes", Hachette Education

Nous avons donc décidé d’offrir aux élèves la possibilité d’être réévalués sur les items qu’ils n’ont pas acquis (« évaluation « 2ème chance » à la demande des élèves et individualisés ou réévaluation proposée par nous même après remédiation ou après une séance abordant la même capacité)

Le droit à l’erreur est ainsi vraiment pris en compte.  Et l’élève devient lui-même un acteur de ses évaluations, de son parcours.

Après un premier trimestre, nous pouvons d’ores et déjà tirer quelques conclusions :

– nous connaissons mieux nos élèves (ils ne valent plus 9 ou 12 mais maîtrisent ou ne maîtrisent pas telle ou telle compétence)

– ce type de pratique facilite grandement notre travail de remédiation et nous donne des idées sur les formes qu’elle peut prendre

– les élèves ne peuvent plus se contenter de la « moyenne » donc de la moitié de ce que l’on doit leur enseigner mais cherchent vraiment à progresser compétence par compétence.

– ils ne sont plus « nuls » puisqu’ils maîtrisent forcément même partiellement une compétence.

 

Je publierai régulièrement sur ce blog  les motifs de satisfaction mais aussi les échecs, les exemples concrets, les doutes, les difficultés rencontrées.