Réflexions personnelles sur notre système éducatif et son actualité

Et si on jouait au Bingosocle ?

In Au piquet on 9 novembre 2012 at 10 h 09 min

Besoin de faire une pause devant le côté caricatural  voire la bêtise des arguments anti-socle? 

Sur le modèle du  bingo du mariage  de Têtu (1), nous (2) vous proposons de jouer au grand bingosocle

Le principe est tout simple : que vous soyez devant votre ordinateur à lire certains blogs, sites ou un forums, devant certaines revues syndicales ou journaux ou encore dans une salle des profs, sortez votre grille de bingo dès que le sujet du socle commun ou de  l’approche par compétences est discuté.
Soyez bien attentif et cochez les expressions ou arguments entendus.

 

 

Une ligne cochée : c’est le bingo d’argent !

Une colonne cochée ? c’est le bingo d’or

Toute la grille cochée ? C’est le grand chelem (il est assez facile de le réussir, j’aurais bien quelques adresses web à vous donner pour ça mais ce serait alors trop facile)

(1) une idée de E. Kochert

(2) citations caricaturales entendues ou lues sur le socle commun recueillies entre autres par G. Caron, E. Kochert, A. Lozach, S. de Vansay, M. St Anne, G. Touze, T. Biava

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  1. Bou !!!!! je vais perdre, dans ma salle des profs il y en a plein qui sont pour ! c’est pas juste ! Pourquoi j’ai pas moi aussi des Brighelli, des neos et autres. Même notre agrégé de lettre n’est pas contre. On peut jouer avec internet :).
    Merci pour ce bingoscole.

  2. Juste après ton post sur l’évaluation binaire c’est amusant comme coïncidence. Allez, juste pour voir, je relance le sujet dans ma sdp à la rentrée. Merci, ce bingo est superbe en plus

  3. […] Besoin de faire une pause devant le côté caricatural  voire la bêtise des arguments anti-socle?  Sur le modèle du  bingo du mariage  de Têtu, nous vous proposons de jouer au grand bingosocle…  […]

  4. A reblogué ceci sur C'est au pied du mur….. and commented:
    Oui, j’avoue, j’ai participé. Et j’ai bien rigolé. j’espère que cela vous fera rire aussi.
    Enjoy !

  5. D’un autre côté, est-ce par ce genre de billets que l’on peut avoir un débat apaisé sur ce sujet ?

    • Un débat apaisé ? Moi je veux bien. Mais cela fait des mois que notre travail est caricaturé par des gens qui, au mieux n’ont pas compris. Quand on voit la violence avec laquelle nous sommes parfois reçus dans certains débats alors que nous apportons des exemples précis de mise en oeuvre qui prouvent le contraire de ce qui est avancé. tendre l’autre joue, ça va un moment, ne croyez-vous pas ?

      • Le problème du socle, c’est qu’il est un enjeu politique et un moyen de réformer le système éducatif largement utilisé par la droite, à l’encontre des enseignants. Cela explique, je pense, la vigueur des oppositions et la violence du débat.

        De même, la question de l’entrée des profs du primaire dans le secondaire et/ou l’inverse porte aussi de véritables enjeux politiques, bien au-delà du monde éducatif. Il ne faut pas oublier que cette question a fait exploser la FEN, alors que bien d’autres débats n’avaient pas empêché les tendances de coexister dans la même fédération. D’où, là aussi, de la violence.

        Quant à l’autre joue, les défenseurs du socle se font aussi largement entendre, il me semble. En tout cas, je lis beaucoup de textes pour (il n’y a qu’à lire le Café pédagogique).

        Pour finir, je trouve que votre tableau, certes drôle par ailleurs, pose problème, car il confond « socle commun » et « LPC », mais enfin, on ne va pas faire un débat en commentaires d’un billet de blog…

      • La droite a donc défendu le socle ? Trouvez-moi un discours de Darcos ou de Chatel qui en parle positivement !
        Le Café pédagogique, partisan du socle, je ne suis pas sur, mais vraiment pas …

        Quant à la confusion socle / LPC vous avez parfaitement raison mais ce n’est pas moi qui confond mais ceux que nous avons cités dans ce tableau

      • Eh bien, il me semble que le socle commun a été inscrit dans la loi en 2005, et la droite était au pouvoir à ce moment-là. Que Darcos et Chatel, après, n’aient pas été élogieux avec lui, c’est une chose, mais ils ont aussi poussé à la mise en place du LPC progressivement.

        Sur le Café pédagogique, je maintiens. Quand on lit la partie second degré, c’est assez évident. C’est peut-être moins net dans les articles sur le premier degré, je le concède.

      • L’UMP est contre le collège unique, comment pourrait-elle être pour le socle commun ?
        En 2005, beaucoup à l’UMP ont une une lecture du socle qui se résumait à « lire écrire compter » (tiens le programme du GRIP !)
        Par la suite, aucune référence au socle, et encore moins à l’approche par compétences (Copé farouche partisan de la notation et de la sélection !)

        Je ne pense vraiment pas que François Jarraud soit un farouche partisan du socle non plus, notamment pour le second degré !. Ses éditos ont toujours été très critiques là dessus, mais cela ne m’empêche pas de lire le café tous les jours.

  6. Vous pourriez me donner un exemple précis d’article du Café qui fasse sinon l’apologie du moins la présentation sinon élogieuse du moins pas négativement critique du socle ? Parce que franchement, je n’y ai jamais rien lu qui valide le socle, bien au contraire.

    Peut-être voulez-vous parler des Cahiers pédagogiques ? Dans ce cas, se faire entendre selon un blog bien connu tiendrait du miracle, quelques centaines d’abonnés tout au plus…
    Bon, excusez-nous d’avoir heurté votre sensibilité en ayant éprouvé le besoin de vider notre trop-plein de critiques non-constructives entendues et lues sur le socle qui effectivement confondent avec le LPC, mais parfois, pour mieux tendre l’autre joue et travailler à défendre ses valeurs (puisqu’il s’agirait de politique ?), il faut d’abord assainir son esprit

    • @ Emilie : le Café péda relaie massivement les communiqués et les opinions de deux syndicats qui défendent nettement le socle (SE-UNSA et SGEN-CFDT) et le SNUIpp-FSU, dont la position sur le socle est de plus en plus ambiguë. Les quatorze autres syndicats du secondaire sont moins bien traités.

      Cela n’empêche pas l’équipe du Café de faire preuve d’une certaine honnêteté et d’un réel pluralisme dans sa ligne éditoriale, ce que fait que je le lis aussi tous les jours.

      Ayant entendu François Jarraud lors de deux tables rondes, à deux occasions différentes, je maintiens cependant qu’il a une vision plutôt en faveur du socle commun, mais pas du LPC par contre, j’en conviens.

  7. Bien sûr que l’UMP est contre le collège unique, je suis d’accord. Cependant, l’UMP a usé de l’expression « socle commun » pour faire passer sa vision, d’où le problème de définition…

    Cela se poursuivait d’ailleurs dans le programme éducation de l’UMP en 2012 : elle continue donc à en parler et à manier le terme.

    Dans la partie « Ce que nous avons déjà fait », on trouvait :
    « – Le livret personnel de compétences devient un outil de suivi des élèves, de l’école à la fin de
    la scolarité obligatoire. Il atteste de l’acquisition du socle commun et renforce la continuité des
    liens entre l’école et le collège. A l’école, le livret personnel de compétences devient
    numérique. Au collège, l’application informatique a déjà été déployée en 2010-2011. »

    On trouve aussi, dans la partie « nos propositions » :

    « – Car veiller à l’acquisition des fondamentaux, c’est s’assurer d’une acquisition commune, du
    partage d’une culture : la concrétisation du socle commun de connaissances et de compétences
    réside dans cette ambition. »

    Evidemment, c’est une vision du socle, mais l’usage de cette expression à tout va par tout le monde a fini par la vider de son sens…

  8. Il faut prendre ce billet avec tout le recul et l’humour nécessaire. Il fait suite tout de même à une longue série d’exemples pratiques (sur ce blog ou ailleurs) de mises en place du socle et d’une approche par compétences qui sont loin de la théorie ultralibérale défendue par certains.

    • C’est bien pour cela que je soulignais les usages divers et variés de l’expression « socle commun »

      Et je ne remets absolument pas en cause l’intérêt des travaux du taulier.

  9. Pour le sens du socle, il faut juste relire le texte du socle en lui même ! Pas la peine de chercher à le manipuler, les choses sont claires. Nous sommes loin de savoir lire, écrire compter et l’approche par compétences est bien présentes. « Maîtriser le socle commun, c’est être capable de mobiliser ses acquis dans des tâches et des situations complexes » : p3 du décret du 11 juillet !

  10. Je déduis de votre remarque sur la position du SNUipp « ambigüe » que vous désapprouvez le socle. C’est votre droit, mais n’allez pas trop loin dans les déductions. Le café relaie les infos qu’il reçoit, ni plus, ni moins. François Jarraud n’approuve ni le socle, ni le LPC, mais c’est quelqu’un de nuancé, il est prêt à reconnaitre les différences entre la théoris du socle et la valeur de ceux qui l’appliquent.

    • @ Emilie : oui, je désapprouve personnellement le socle mais il ne s’agit pas d’une opposition brutale et je discute sans problème sur ce sujet, et par ailleurs, j’enseigne et j’évalue régulièrement mes élèves par compétence. Si je soulignais l’ambiguité du SNUIpp, c’est plus parce que les mandats du SNU sont plutôt contre le socle tel qu’il est défini actuellement par la loi, mais que le SG du SNU s’est montré moins offensif récemment sur cette question. C’est un fait, nullement un jugement de ma part.

      Je pense que François Jarraud, comme toutes les personnes qui s’intéressent à l’éducation, reçoit ou peut trouver sur internet les communiqués des syndicats de la FSU, de SUD-Education, de FO, de la CGT, du SNALC-CSEN, du SNCL, et même de la CNT… Le fait est que je n’ai jamais vu en une de l’Expresso un communiqué de FO ou du SNALC. Pourtant, dans de nombreux départements, ces deux organisations ont plus d’adhérents et font plus de voix aux élections professionnelles que le SE et/ou le SGEN.

      Après, personnellement, la presse d’opinion ne me dérange pas du tout : c’est même pour cela que je la lis !

  11. Bonjour,

    Franchement, quand je vois votre jeu, et la nature des arguments que nous avions échangés la semaine dernière suite à l’article de Libération dans lequel j’avais témoigné, je trouve que le niveau baisse très sérieusement. C’est d’autant plus dommage qu’on avait trouvé, je crois, quelques modestes points d’accord. Mais tant pis. Finalement, les plus agressifs ne sont pas, contrairement à ce que vous dites, ceux qu’on croit.

    Deux réponses aux propos ici échangés sur les rapports entre la droite et le socle commun, ainsi qu’ à quelque aspect de votre jeu qui me tient personnellement à coeur:

    Pour le socle commun et la droite: la droite n’a en effet jamais été favorable au collège unique. Elle voit en revanche dans le socle commun un moyen de supprimer le collège unique, grâce à la notion d’autonomie: il y aura des collèges qui ne feront que le socle, d’autres qui feront des programmes ambitieux. Les établissements étant autonomes, les parents pourront choisir le collège qui leur conviendra le mieux. Le socle, loin d’être l’outil qui permet d’avoir un collège unique, est au contraire l’outil qui permet d’opérer la différenciation, dès la 6ème, des parcours scolaires. Différenciation qui est, Eric Maurin l’a montré dans son livre « La nouvelle question scolaire, les bénéfices de la démocratisation », une catastrophe pour un pays.

    Pour vérifier par vous même que je ne raconte pas de bêtises, je vous invite à lire les propositions de la Fondapol (think tank libéral très en cours dans les médias, dont le patron « Dominique Reynié passe son temps à la télévision) en matière éducative : http://www.fondapol.org/etude/12-idees-pour-2012-3/. Le socle n’y est certes nommé, mais quand on voit ce document utiliser la notion « d’écoles fondamentales », il n’est pas besoin d’être devin pour ne pas comprendre qu’il est derrière:

    « Proposition 1: organiser la différenciation des programmes pour répondre à la différenciation sociale et culturelle afin de mieux assurer l’égalité des chances. »

    Il apparaît nettement que le socle est ce qui permet cette différenciation des programmes.

    « Dans les zones identifiées comme devant faire l’objet d’une action spécifique, de nouveaux établissements d’enseignement secondaire doivent voir le jour sous le nom d’« écoles fondamentales ». »

    A lire cela, il n’est pas besoin d’être grand clerc pour comprendre que les « zones identifiées comme devant faire l’objet d’une action spécifique », ce ne sont pas les arrondissements de l’ouest parisien, ni la ville de Neuilly. Je me permets de noter que la notion d' »école fondamentale est une notion forgée par ceux là même qui défendent aujourd’hui le socle commun (Claude Lelièvre, l’UNSA, etc etc).

    Il serait quand même grand temps que ces démocrates réformistes comprennent que le socle est un outil de ségrégation sociale redoutable dans les mains de la droite, tout comme l’a été la notion d’autonomie d’ailleurs. Il est par ailleurs piquant de constater que toutes les notions généreusement forgées par certaines organisations dites « réformistes » sont systématiquement récupérées par la droite pour stopper la démocratisation, et ensuite mettre en place une politique de ségrégation sociale et scolaire (j’ai déjà cité la notion d’école fondamentale, on pourrait ajouter la notion d’autonomie, concept qui, inscrit dans le champ de l’école, a été très utile à la droite pour supprimer des postes et mettre les établissements scolaires en compétition, en supprimant la carte scolaire. De ce point de vue, lire  » Ecole: les pièges de la concurrence, Comprendre le déclin de l’école française », coordonné par Choukri Ben Ayed, Sylvain Broccolichi, Danièle Trancart). Alors après, naïveté, bêtise, aveuglément idéologique de ces organisations, je ne sais, mais je ne comprends toujours pas la vision à court terme et fondamentalement idéologique de ceux qui défendent et promeuvent encore de façon jusqu’au boutiste ces notions.

    Je poursuivrais par un commentaire un peu plus personnel: je suis professeur de lettres classiques dans un collège de l’Education Prioritaire. J’ai en ce moment, en 5è, 4è, 3è, entre 25 et 31 élèves par groupe de latin. Les élèves des catégories populaires ne délaissent pas cet enseignement, je le vis chaque jour. La vision totalement rétrograde, réactionnaire et pour tout dire méprisante que vous présentez des collègues de lettres classiques dans votre jeu est en total décalage avec la réalité du terrain, où les collègues innovent en permanence dans leur enseignement. S’il est bien une discipline qui pratique un réel travail interdisciplinaire, où les TICE sont régulièrement utilisées, et qui régulièrement se remet en question, ce sont bien les lettres classiques, au collège notamment, pour ce que je constate autour de moi.

    Après, innover ne signifie pas n’importe quoi. Et les professeurs de lettres classiques le savent, qui ont lu Ovide mais s’en éloignent: « Ut placeas, debes immemor esse tui »: on peut démocratiser et innover sans pour autant s’oublier, ni abandonner ses principes. Ni mépriser personne.

    Enfin, et c’est assez drôle, je trouve, dans votre jeu, des citation de Meirieu (le socle pour les faibles, la statue pour les autres) de moi même( je précise que je ne me place pas au niveau du grand homme) , plusieurs, d’ailleurs, reprises de l’article déjà cité du journal Libération : « des compétences qui tournent le dos à à une vision humaniste du savoir » , C’est un outil bureaucratique, inspiré de recommandations européennes et de l’OCDE, qui véhicule l’idée d’élèves employables ». Etant pour partie, et bien malgré moi, à l’origine de votre jeu (je revendique deux cases, mais pourrais en valider bien d’autres), je lui souhaite, très modestement, un grand succès!

    Il y a sans doute quelques erreurs d’orthographe qui auront échappé à ma relecture, je m’en excuse par avance.

    • Bonjour,

      Dès que de notre côté on fait un peu de caricature (à défaut d’humour partagé), on se fait incendier ! Etonnant quand dans la semaine les partisans du socle et de l’approche par compétences ont eu droit à un traitement de faveur assez particulier. A l’exception de deux boutades (sur l’estrade et le dictionnaire des écoliers) toutes les citations sont vraies, y compris celles de certains de vos collègues de lettres classiques (il ne s’agit pas de généraliser mais ces prises de position existent, tout comme D. Casali est bien prof d’histoire).
      Vous écrivez « ne mépriser personne ». Franchement, qui méprise qui dans ce débat ? Lisez les articles de Brighelli ou les discussions sur néoprofs…

      Quant à l’argument « le socle est de droite ». Je continue à affirmer qu’ils s’agit de raccourci voire de manipulation. Vous me citez Fondapol . A juste titre, vous remarquez qu’ils n’emploient pas le terme de socle mais de « fondamentaux » sans cesse utiliser par les opposants au socle (Grip). Franchement, la ligne de partage n’est pas aussi simpliste que vous le souhaitez. Je pourrais quant à moi vous citer le snalc, SOS éducation, voire JF Copé ou bon nombre de « collègues » opposés à la démocratisation scolaire et tenter de faire croire que vous êtes disciple de ces gens-là ou au mieux qu’ils récupèrent vos idées. je ne vous ferai pas cette injure (pourtant vous, vous la faites dans l’autre sens).

      Il y a vraiment un aspect du débat que je ne parviens pas à comprendre : comment accuser le socle de vouloir mettre en place un enseignement au rabais quand actuellement une partie des élèves ne le maîtrisent même pas ?
      Je reviens à mon parallèle avec le smig : quand on l’a mis en place, c’était bien parce qu’une partie des salariés étaient en dessous, non ? et il ne s’agissait pas de baisser la moyenne des salaires, mais bien d’assurer à tous un minimum décent.

      • Juste pour dire que le GRIP n’emploie pas sans cesse le terme de « fondamentaux ». Nous sommes opposés à une école des rudiments.
        Je ne pense pas qu’il existe de texte du GRIP où ce mot-là soit employé avec cette valeur-là.

  12. […] Besoin de faire une pause devant le côté caricatural voire la bêtise des arguments anti-socle?  Sur le modèle du  "bingo du mariage"  de Têtu (1), nous (2) vous proposons de jouer au grand bingosocle !  […]

  13. Pour le SMIC : comparaison n’est pas raison. Le SMIC est sans doute un des outils qui en France a empêché une trop grande déflation salariale, comme ce fut le cas en Allemagne, où l’on commence d’ailleurs à envisager sérieusement un salaire minimum universel, ce qui sera toujours mieux que les salaires à un euro l’heure comme c’est le cas dans certains secteurs de l’économie et de certains länder. Par ailleurs, vous remarquerez qu’avec un SMIC, se loger à Paris est impossible, et y vivre correctement et décemment inimaginable. Garantir un minimum, fût-il salarial, a donc sans doute des vertus, mais pas toutes, loin de là.

    Mais le problème du socle commun est le suivant : Il est issu des travaux de la commission Thélot et du rapport qui, en 2005, a abouti à la loi Fillon. Le rapport est basé sur l’idée que le seul moyen de sauver le collège unique est de promouvoir l’idée de socle (idée de gauche, au moins pour la première partie de la phrase) . D’ailleurs, soyons honnête : être en mesure de garantir un ensemble minimum commun à tous, si l’on y parvient, peut représenter un progrès par rapport à la situation actuelle des élèves qui quittent le système éducatif avec un niveau de formation excessivement faible.

    Le problème, c’est que vous ne prenez pas en compte le fait qu’on a, depuis longtemps maintenant (et cela ne date pas de la droite) changé, politiquement parlant, de paradigme.

    Le socle a été mis en place dans un contexte promouvant l’équité, au détriment de l’égalité, (autre nom de l’égalité des chances : on vous garantit un minimum, débrouillez vous après avec) les pouvoirs politiques en place allant même jusqu’à abandonner (de 2005 à 2012, la droite fut au pouvoir) la lutte contre les inégalités. Ainsi, le socle fut l’un des arguments justifiant la mise en place des ERS pour les élèves « ingérables », et les internats d’excellence pour les meilleurs élèves des quartiers populaires : dans le cas de ces derniers, extraire les meilleurs élèves des collèges populaires ne posait pas de soucis, puisqu’un garantissait aux autres un socle minimum. Puisqu’il y avait le socle, en quoi était-il utile de lutter contre les inégalités, puisqu’un minimum était garanti, de façon tout à fait équitable à tous ? Laisser des territoires en déshérence ne posait pas de problèmes, puisque les meilleurs des élèves allaient en internat d’excellence, les plus ingérables dans les ERS, quant aux autres, ils avaient le socle (enfin, en théorie). La thématique du minimum garanti, si elle est, comme c’est le plus souvent le cas, découplée de l’objectif de lutte contre les inégalités est donc le signe d’un glissement de cet objectif vers celui de pacification des exclus. Il est donc l’outil par excellence de mise en place d’une école de ségrégation sociale.

    C’est un des problèmes fondamentaux que pose le socle, et c’est en ce sens qu’il sera un jour, et peut-être très rapidement, un outil de ségrégation scolaire et sociale redoutable : la France étant une démocratie, il n’y a aucune raison pour que la droite ne revienne pas au pouvoir dans 5 ans ou dans dix ans. Et d’ailleurs, quand on voit la nature des glissements idéologiques à gauche ( de l’égalité à l’équité par exemple), on peut se dire que la gauche est tout à fait en mesure de faire elle aussi du socle un outil de ségrégation.

    C’est en ce sens que je dis que vous êtes, dans une certaine mesure, naïf : vous oubliez totalement l’usage que la droite a fat du socle pendant ces dernières années. Rien que pour cela, il mérite d’être combattu.

    • Je vous suis jusqu’à votre conclusion.
      S’il faut combattre ce qui est juste au départ mais dévoyé par d’autres alors il faut combattre l’enseignement de l’histoire de France, les notes, les options etc etc…
      Je ne comprends pas cette logique.
      Il faut combattre la déviance pas l’objet en lui même !

  14. J’avais envisagé de vous faire une longue réponse, mais Laurent a résumé exactement ce que je voulais dire. Ce n’est pas parce que la droite a voulu faire du socle ce qu’il n’est pas qu’il faut le combattre. Au contraire, il faut l’appliquer, tel qu’il est et non tel qu’on aurait voulu qu’il fut.
    La droite n’est plus au pouvoir, dois-je vous rafraichir la mémoire en citant la lettre aux enseignants de Vincent Peillon parue en juin ? « Le socle commun de connaissances et de compétences, inscrit dans la loi n° 2005-380 du 23 avril 2005, est le cadre de référence de la scolarité obligatoire. Chaque élève doit parvenir à la maîtrise du socle commun au terme de sa scolarité. La conception et les composantes du socle commun seront repensées. La réécriture des programmes de l’école primaire et du collège suivra cette révision et se fera dans un cadre concerté et transparent.  »
    Il s’agit de permettre à l’égalité de tous à l’école d’exister avec l’obligation de mettre en oeuvre tous les moyens à notre disposition pour garantir l’acquisition de compétences à chaque élève, pas de discriminer. C’est là ce que les enseignants doivent vouloir théoriquement non ?

    Par ailleurs, dans l’éducation, il ne faudrait pas introduire trop de politique : toute dichotomie est contraire à ce que nous devons vouloir pour eux, qu’ils deviennent des citoyens capables d’esprit critique.

  15. Bonjour.
    Le jeu de loto est de bonne guerre, la mauvaise foi fait partie des ingrédients obligés, n’en parlons pas. Il vous distrait, c’est très bien, tout le monde a besoin de se distraire.
    J’espère seulement que vous vous rendez compte que vous opposez à ce que vous appelez la bêtise du camp d’en face une bêtise exactement de même nature, aux arguments du camp d’en face (si, ils ont des arguments, vous en faites des cases à cocher…) de simples ricanements. Mais aussi que vous êtes une poignée à vous préoccuper de cette usine à gaz (je vais vous faire cocher moi aussi) en vous pensant des révolutionnaires de gauche de l’enseignement. Dans dix ans, vous serez simplement quelques clowns tristes de plus, quand le vent aura tourné, que le pouvoir politique mais aussi administratif inter EN vous auront tourné le dos.
    Bonne reprise, Collègues.
    Christophe ORTOLI
    professeur de lettres classiques
    70 Luxeuil-les-Bains

    • Si vous aviez pris la peine de lire quelques autres pages de ce blog, vous auriez pu remarquer que je n’oppose pas de simples ricanements mas que je montre comment j’essaie (modestement) de faire et ce dans l’intérêt de mes élèves (et c’est bien ce qui compte)
      Je n’ai pas attendu que ce soit dans les textes pour travailler par compétences, aussi je risque bien de continuer à le faire si un jour ça ne l’est plus. La seule chose qui me motive à le faire c’est que ça m’aide à faire avancer mes élèves.
      L’administration inter EN soutiendrait dans son ensemble de telles initiatives pédagogiques ? Faux ; elle est divisée là-dessus, comme les salles de profs.
      Rassurez-vous, je ne serai jamais un clown triste ; j’aime trop mon métier pour cela.

  16. A Emilie,

    Deux divergences entre nous :

    1°) Pour moi, le socle en soi permet de faire ce que la droite a voulu en faire. Un outil de sélection, de ségrégation. Ce n’est pas une déviance. Il contient cela en soi, de façon immanente. Ca n’est pas une possibilité du socle. C’est le socle. D’ailleurs, toute une partie de républicains, qui refuse le socle, ne dirait d’ailleurs pas non à une école où les parcours seraient, très tôt, dès la 5ème, fortement diversifiés. Pour cette raison, je ne donne d’ailleurs pas longtemps à ces collègues pour finir par accepter le socle (il suffit de lire sur neoprofs, par exemple, les débats sur la question de la scolarité à 18 ans). Le socle est donc pour moi, en soi, un outil dangereux.

    2°) Vous dites également: « dans l’éducation, il ne faudrait pas introduire trop de politique »: je pense au contraire que l’éducation est fondamentalement politique. Tout, dans l’éducation, relève de questions politiques: les programmes, la carte scolaire, la structuration organisationnelle de l’école… Un simple cours est politique. Un exemple: épuisé, vous laissez tomber les élèves qui ne comprennent pas, et avancez dans votre cours. On peut voir deux raisons à cela (et il y en a sans doute d’autres)
    a) vous vous moquez de ces élèves, en pensant qu’ils n’ont rien à faire là et que leur expliquer autrement ne sert à rien, parce de toutes façons, ils ne comprendront rien (or le principe d’éducabilité de tous est un principe fondamental de gauche, basé sur l’égalité).
    b) Ou alors votre épuisement, votre fatigue professionnelle vous empêche de faire correctement votre travail, vous êtes dans une situation de « travail empêché » et cela relève de conditions de travail: on est là dans une préoccupation fondamentalement de gauche.
    Bien sûr je caricature, mais à peine.

    Bref, dépolitiser l’éducation, c’est à mon avis ce qu’a cherché à faire le gouvernement précédent, en reléguant à une question très secondaire celle des moyens, par exemple.
    L’éducation est donc une question profondément politique.

    Après cela, une précision très politique, et un exemple un peu littéraire:

    Comme vous le savez, le simple fait d’avoir un socle, parfois restrictif (le niveau A2 du socle, en langue, correspond, dans les programmes, au niveau que devrait avoir atteint un élève en fin de 5è…) est le signe qu’on pense que certains élèves peuvent atteindre un niveau que d’autres ne pourront jamais atteindre. On en revient à la question de l’éducabilité de tous, qui est, comme je l’ai dit, une question éminemment politique. C’est pour moi très problématique. Tous les élèves, à mon avis, peuvent atteindre le niveau, dans les programmes, qui est celui de fin de 3ème. Quelque part, il y a donc dans le socle, au moins pour certaines disciplines, un renoncement.

    D’ailleurs, pour montrer à quel point on a là une question politique, je voudrais citer un passage d’un roman que je suis en train de lire, « Relevé de terre », de José Saramago, écrivain portugais. A un moment, la mère/terre patrie parle à un personnage, un paysan, qui n’est pas allé à l’école et ne sait pas écrire. Voilà ce qu’elle dit:

    « Et on me dit que tu ne sais pas lire, j’en suis abasourdie, n’ai-je pas installé des écoles primaires à des endroits stratégiques, pas des lycées, non, tu n’en as pas besoin, ta vie est différente ».

    Pour moi, le socle, c’est aussi dire à quelques élèves: « tu n’as besoin que du socle, ta vie est différente ».

    Bref, raison pour laquelle le mot socle, dissocié des programmes, me pose un énorme problème. C’est aussi, mais je m’en suis déjà expliqué un peu plus haut, le mot qui m’importe, finalement, c’est davantage l’adjectif commun. Autant le mot socle appartient à la droite, surtout s’il se distingue des programmes, autant le mot commun est de gauche (bon, je caricature un peu sans doute, mais pas tant que cela).

    • Laisser croire que les élitistes (c’est leur faire trop d’honneur de les qualifier de républicains) de Néoprofs se rallieront au socle, c’est un peu pour vous donner bonne conscience, non ?

      Vous écrivez : Pour moi, le socle, c’est aussi dire à quelques élèves: « tu n’as besoin que du socle, ta vie est différente ».
      Je vous réponds Pour moi, le socle, c’est aussi dire à quelques élèves: « tu as absolument au moins besoin du socle, ».

      Vous écrivez aussi « le mot socle, dissocié des programmes, me pose un énorme problème. » Mais ce n’est pas le cas : le contenu du socle est bien dans les programmes !

      Heureux de voir qu’on partage le principe d’éducabilité … qui est farouchement combattu par les tenants de l’élitisme scolaire qui s’opposent au socle et à l’approche par compétences ! J’essaie justement de montrer sur ce blog comment cette approche me permet d’appliquer ce principe.
      Et comme Emilie, je n’ai pas attendu la mise en place du socle pour m’y mettre. Mais je dispose désormais d’un cadre qui m’y aide.

      • Pour répondre vite, comme vous et Emilie, je n’ai pas attendu le socle pour évaluer de façon critériée, et je trouve intéressante la distinction tâche simple/tâche complexe, ainsi que la méthode de l’échelle descriptive pour évaluer certains travaux de rédaction ou interdisciplinaire par exemple. Après, je n’en fais pas l’alpha et l’oméga de mon évaluation, ni ne considère cela comme une martingale.

        En revanche je pense – et ce n’est pas me donner bonne conscience, je le pense sincèrement – que la notion de socle sera récupérée par les élitistes car elle contient en elle même la possibilité d’une différenciation des parcours scolaire. J’ai déjà entendu des cadres de l’EN, quand il s’agissait de préorienter des élèves en fin de 4è vers des DIMA, ou l’an dernier, en fin de 5è vers des 4è prépapro, me dire que cela ne posait pas de problèmes, car de toutes façons, ils auraient le socle. Le socle est donc bien, en soi, un outil de ségrégation scolaire. Après, ce n’est pas le seul, et vous avez raison. Mais c’en est un.

        Surtout, lier ces méthodes pédagogiques – qui peuvent être intéressantes, (cf premier paragraphe) au socle, et à la seule approche par compétences, cela revient à les tuer. Dommage.

        Après, le problème,

      • Je continue à croire qu’au snes on se donne bonne conscience en se persuadant que le snalc (dont neoprofs est l’une des courroies de transmission) finira par se rallier aux principes du socle et de l’approche par compétences car on y est tout de même un peu gêné de l’alliance actuelle.

  17. Le socle n’est pas ce que la droite a voulu en faire. J’ai pratiqué les évaluations critériées (pas encore par compétences) dès mes débuts ! Mais cela vous ne voulez pas en entendre parler parce que comme vous le dîtes, pour vous toute l’éducation est politique. C’est là pour moi, tout le problème de divergence.

    Politique pris au sens étymologique ? C’est entendu, traverser ou non dans les passages est déjà en soi un acte politique alors. Mais c’est bien ce que je sentais (et c’est dans ce sens que j’avais employé ce mot), pour vous il s’agit de politique politicienne et là, l’opposition droite-gauche se rigidifie inutilement dans votre discours. Vous mentionnez les langues, excellent exemple. Le socle est une garantie (j’ai le sentiment que vous refusez ce mot, parce qu’il va à l’encontre de vos propos), la garantie que tout élève de 3è aura au moins au bout de 2 ou 4 ans un niveau A2, si vous êtes honnête, combien ne l’ont pas actuellement ?
    Quant à vos caricatures des idées de droite et de gauche, je vous les laisse, ce genre de discours appliqué sans discernement, revient à énoncer des absurdités sur l’hypothèse que les profs de droite se rallieront massivement au socle commun…

    Si le problème pour vous vient du mot, reprenez son étymologie.Quant à suggérer que j’abandonne mes élèves en difficulté, merci bien, mais qu’en savez-vous ?

  18. Là, je crois que vous m’avez très mal lu.

    1°) Jamais je n’ai sous entendu que vous laissiez tomber vos élèves en difficultés. Relisez moi. Ou alors vous n’avez pas compris que le pronom personnel vous ne s’adresse pas nécessairement au locuteur, mais peut avoir une valeur indéfinie, un peu comme dans le dernier vers de cet extrait d’un poème de Victor Hugo:

    « On vit,on parle, on a le ciel et les nuages
    Sur la tête; on se plaît aux livres des vieux sages;
    On lit Virgile et Dante; on va joyeusement
    En voiture publique à quelque endroit charmant
    En riant aux éclats de l’auberge et du gîte;
    Le regard d’une femme en passant vous agite  »

    En lisant cela , vous n’allez pas vous fâcher avec Hugo parce qu’il n’a aucun moyen de savoir que c’est le regard d’une femme (et non d’un homme par exemple) en passant vous agite…

    Bref, pour préciser, le vous représente potentiellement tous les professeurs. Et pas « Vous », Emilie, en particulier.

    2°) Sur la question du socle comme garantie, je vous laisse lire ce que j’ai écrit plus haut.

    3°) Sur la question de l’étymologie, socle est emprunté à l’italien zoccolo (XIVème siècle) , qui veut dire sabot. Je souhaite autre chose à mes élèves que d’être de quasi va-nu-pieds! (je plaisante, hein, je n’accuse pas tous les thuriféraires du socle de vouloir que leurs élèves deviennent des va-nu-pieds…)

  19. J’y pense à l’instant, pour votre bingosocle, « les thuriféraires du socle veulent faire de nos élèves des va-nu-pieds », ça pourrait le faire, non???

  20. les procès en « libéralisme » et en « utilitarisme » du Socle sont de faux-procès.

    Je ne doute pas une seconde que certains milieux veuillent différencier deux types de formation, pour aller vite, l’une pour tout le monde et l’autre pour les élites. Mais à y regarder de près, est-il besoin de passer par le Socle pour cela ? L’orientation très précoce que certains enseignants plébiscitent n’a-t-elle pas depuis fort longtemps cette vocation ? L’apprentissage de même, dans lequel, permettez-moi de le dire, on retrouve fort peu d’enfants d’enseignants (sinon dans un apprentissage de type compagnonage, qui génère lui aussi une forme d’élitisme) ? Et que dire des diplômes de type Bac, qui aux yeux de certains (au hasard, les mêmes qui dénigrent le socle !) doivent rester sélectifs, car pour eux, il n’y a que par l’échec de certains que l’on peut valoriser la réussite des autres ?
    ce qui gène dans le Socle c’est sa propension universaliste … celle là même que ses détracteurs défendent sans JAMAIS nous proposer quoi que ce soit pour y parvenir (coucou, amis du SNES !). De belles paroles, oui ! Mais surtout ne passons pas aux actes car alors, nous n’aurions plus rien sur quoi nous plaindre, ce qui en France semble malheureusement culturellement inconcevable.

    L’esprit du socle n’est pas du tout celui que dénoncent ses détracteurs. Ou alors, ils seraient bien aimables de nous trouver, dans les textes fondateurs et dans les circulaires de mise en oeuvre, quoi que ce soit qui aille dans leur sens.
    La notion de Socle Commun est ancienne, elle vient du terrain, d’enseignants qui n’en peuvent plus de voir se perpétuer, de génération en génération, la casse de leurs élèves. Former des élites, nous savons le faire et n’avons besoin de rien changer pour continuer. Assurer à chacun un minimum commun, c’est autre chose, et c’est autrement plus compliqué à faire. Notamment parce que ça ne génère pas un lecture binaire des choses : oui on peut concevoir une approche ségrégative du Socle … si c’est le choix que l’on fait. Mais personne ne parviendra à prouver par les textes que c’est ce que veulent les enseignants et les responsables hiérarchiques qui défendent la notion d’école du socle. Tout simplement parce que l’école du socle est une notion qui est née sur le terrain, et qui a su s’imposer en haut lieu. Faut-il considérer qu’une idée, bonne au départ, devient automatiquement suspecte quand la hiérarchie s’en empare ? Ce raisonnement, c’est le carburant de l’immobilisme !

    Attention, car à laisser la notion de socle commun à ceux qui en défendent une vision utilitariste et ségrégative, on finira par leur donner raison. Emparons nous plutôt de cet outil, qui est nouveau pour nos pratiques … et faisons-en un outil de progrès, en opposition à ce que les « libéraux » voudraient en faire.

    Une chose est sûre en tout cas, ne rien faire c’est continuer comme avant et accepter par avance que notre école reste ségrégative et sélective. Car en réalité, ce que dénoncent les détracteurs du socle existe déjà, depuis bien longtemps, et semble manifestement leur convenir, puisqu’à les écouter rien ne doit changer.

    • « L’esprit du socle n’est pas du tout celui que dénoncent ses détracteurs. Ou alors, ils seraient bien aimables de nous trouver, dans les textes fondateurs et dans les circulaires de mise en oeuvre, quoi que ce soit qui aille dans leur sens ». Effectivement, c’est difficile. Et c’est bien naturel! Vous avez déjà vu un texte officiel, notamment dans l’EN, dire : « Les réformes que nous allons mettre en oeuvre sont libérales, elles viennent notamment de l’OCDE, ont pour source le patronat, et ont pour principe l’utilitarisme? » Je ne suis pas nécessairement d’accord avec ceux qui écrivent les textes officiels, mais je ne les prends pas non plus pour des idiots!

      Je cite juste le début de la conclusion d’un article (déjà cité sur ce blog de Eric Mangez, professeur de sociologie à l’Université de Louvain, dans la revue « Administration et Education » de Juin 2012, « Le socle commun ». Cet article parle des réformes en Belgique, et du décret mission, qui a mis en oeuvre ce qui correspondrait à notre socle, généralisant l’Approche par Compétences: « Les transformations de l’économie ont conduit à une redéfinition des qualités attendues sur le marché de l’emploi. Un nouveau lexique post-fordiste se déploie à ce niveau et se voit relayé par les recommandations d’instances internationales. Les textes des instances internationales (véhicules d’impératifs post fordistes) ont joué un rôle évident (les ressemblances sont claires) mais invisible (les textes ne sont jamais cités) dans la définitions des orientations, notamment pédagogiques, du décret « missions ». En définissant une sorte de « pédagogiquement correct », ces textes empêchent les acteurs qui ont une opinion qui s’écarte significativement de cette normalité dominante de faire valoir cette opinion. Ces derniers sont alors contraints, pour rester crédibles, d’édulcorer leurs prises de positions en saupoudrant des symboles propres à cette vulgate pédagogique. Cette vulgate pédagogique délimite ainsi l’espace public ».

      En revanche, dire que le socle vient du terrain, c’est pour le moins partiel, sinon partial. Il a au moins trois origines, le socle: pédagogique, donc le terrain, vous avez raison. Mais aussi les instances internationales libérales. Les choses sont complexes.

      Par ailleurs, dans le livre « Le miroir du débat », on ne trouve pas la notions de socle, ou des notions s’en approchant. En revanche, c’est au coeur du rapport Thélot et de la loi de 2005. Difficile donc que la prise en compte du socle correspond à une demande du terrain.

      Si le socle a un esprit, comme vous dites, on le trouve dans le rapport Thélot. Je cite: « « la notion de réussite ne doit pas préter à malentendu. Elle ne veut certainement pas dire que l’Ecole doit se proposer de faire que tous les élèves atteignent les qualifications scolaires les plus élevées. Ce serait à la fois une illusion pour les individus et une absurdité sociale puisque les qualifications scolaires ne seraient plus associées à la structure des emplois »

      A titre personnel, cela me gêne.

  21. socle vient aussi du latin, brodequin et là je crois que vous avez nettement fait votre choix, nous serions des thuriféraires (merci, je croyais que nous étions les méprisants de l’histoire), quant au terme va-nu-pieds, il n’est pas aussi insultants pour des historiens que vous le voudriez, chacun ses références…
    Discuter, oui, me faire la leçon de français (si je l’ai pris pour moi, c’est bien que je suis prof, eh oui), non merci, ceci sera ma dernière réponse, vous tordez tout pour que cela vous agrée. Quant à des problèmes de termes (car je vois bien qu’il s’agit essentiellement de cela concernant le socle commun), je trouve cela désolant, surtout que sur le fond nos avis divergent si peu…

  22. Bon, Emilie, pour Brodequin, vous avez raison: ça vient du latin, mais c’est d’abord passé par l’italien avant de revenir en français, puis de faire son apparition dans les circulaires de l’EN. Après, en effet, on choisit, c’est le propre du débat, il y a toujours un (tout petit) peu de mauvaise foi. Et encore une fois, je ne parlais vraiment et sincèrement pas de vous en particulier. C’était un exemple, général et indéfini. Vraiment pas la peine de s’énerver.

    A titre personnel, il me semble que ce qui est important, c’est ce qui se fait dans les classes. Ce qui m’a fait évoluer dans les pratiques, ce sont avant tout des stages de formation, des rencontres, dans le cadre de mes activités syndicales, avec des chercheurs, des lectures. Il me semble que si on veut faire évoluer, bouger le système, c’est davantage de cette manière, en proposant ( et même en imposant) des formations aux collègues. On ne peut laisser un système qui laisse des collègues enseigner pendant 40 ans sans jamais avoir de formation continue sérieuse et digne de ce nom, sans jamais être en contact avec la réflexion et la recherche pédagogique et disciplinaire. Pour moi, plus que dans le socle, c’est là qu’est le levier de transformation et de démocratisation du système, et pas dans l’imposition, par en haut, d’un livret de compétences qui, dans les établissements, a mis contre lui la majorité des collègues – livret qui est, à tort ou à raison, mais c’est ainsi, indissociablement lié au socle.

    Ensuite, sur la question de la différenciation des parcours, et sur la question des rapports avec les propositions de l’administration: quand dans notre département, l’Inspecteur d’Académie a supprimé (pour des questions de moyen, et pas pour des raisons de démocratisation, ne rêvons pas) les 3ème d’insertion et les 4ème AS, en tant que représentant syndical, je ne m’y suis pas opposé, bien au contraire – et contrairement à d’autres organisations, qui prônaient le maintien de ces structures parce que c’est là que se mettaient en place des pédagogies un peu différentes et novatrices. Il était au contraire important pour moi de scolariser tout le monde dans le même collège, et donc de n’avoir pas de structures spécifiques.

    En revanche, quand 2 ans après, dans le département, on créait des 4è prépapro et des 3è prépapro, j’ai trouvé un peu fort qu’on allègue, pour justifier la création de ces nouveaux parcours de relégation ( à mon sens, et sans juger les collègues qui y enseignent et s’y impliquent, loin de là, ayant moi même enseigné plusieurs années en 3è d’insertion) l’existence d’un socle commun à tous.

  23. Que la clé soit dans la formation des profs, c’est pour nous tous une évidence … mais n’éludons pas la question. Une formation n’a de sens que quand on en a défini un contenu … si former les profs d’histoire consiste à les tenir informés des évolutions de l’historiographie, c’est très bien … mais pas très utile pour faire évoluer leurs pratiques. Or pour former les profs à des pratiques qui évoluent, encore faudrait-il que les pratiques évoluent. Or à part l’émergence de l’évaluation par compétences et de tout ce qui va avec (y compris en terme de construction des cours), je ne vois pas tellement d’évolution marquée dans les pratiques pédagogiques ces dernières années ! les profs ont été formés par des pratiques magistrales, évalués avec des notes et sélectionnés par des concours très difficiles. Il faut les aider à ouvrir leur horizon pour qu’ils voient que le magistral, la note et la sélection, ça ne peut pas fonctionner dans une école réellement égalitaire. Promouvoir le Socle et l’évaluation par compétences, à mes yeux, ce n’est pas autre chose.

    • Je suis d’accord avec vous jusqu’à la fin, que je rectifierais ainsi:  » que le seul cours magistral, la seule note et une école primaire et secondaire fondées sur la sélection, ça ne peut pas fonctionner dans une école réellement égalitaire.  »

      Et j’enlèverais la dernière phrase. Pour moi, le problème réside chez vous dans le fait que le socle, l’approche et l’évaluation par compétences sont aptes à résoudre, à elles seules, toutes les difficultés. Non. Le cours magistral, sur certains sujets, à certains moments dans le cours ou dans la séquence, est utile. De même que la note, qui n’est pas en opposition radicale avec une évaluation par compétences. Dans une échelle descriptive par exemple, chaque pallier peut être associé à une note. Ce qui pose problème, ce n’est pas la note, mais la moyenne, qui donne l’illusion qu’on peut être mauvais en mathématiques parce que c’est compensé par le français, etc.

      Mais je reste intimement convaincu que la clé du problème réside dans la formation.

  24. […] Cette séquence (tout en sachant qu’une séquence est une manière de découper un flux continu) s’est ouverte par un article de Denis Paget, de l’institut de recherche de la FSU : « Que faire du socle ? » Vient ensuite un article d’Henri Baron dans la Tribune de l’Humanite Tribune intitule : « Socle commun version hard ou version light : débarrassons-nous en ! » . Jean-Paul Brighelli à poursuivi la charge avec un titre délicat « École : Demain les rats, Quand les pédagogistes cesseront-ils de martyriser la pédagogie ? » Puis les réponses vinrent avec tout d’abord Luc Cedelle : « Pour une « baisse de la qualité de l’éducation » ? L’OCDE et ses accusateurs peu scrupuleux ». Puis Annie Di Martino proposa : « Tout le monde peut se tromper », et Jean-Michel Zakhartchouk : « Oui aux compétences à l’école, mais pas n’importe comment ! » Et Annie Di Martino repris avec « Le Socle et son marteau, par Thor ! ». Enfin Laurent Fillon proposa dans son blog “Peut mieux faire” : « Et si on jouait au Bingosocle ? » […]

  25. Merci
    Mon commentaire va se trouver directement sous celui de Lionnel Jeanjau, et ça tombe très bien.
    Voir le dernier article que je viens d’installer sur mon blog La saine colère du socle http://blog.educpros.fr/bernard-desclaux/2012/11/11/la-saine-colere-du-socle/
    qui essaye d’ouvrir une autre forme de réponse.

  26. Débat intéressant sur de nombreux points. Je répondrai à Nicolas Morvan, qui présente le socle comme une idée de droite, sorti du chapeau par la commission Thélot en 2004. Cette idée d’un socle commun de droite, car instauré par elle en 2005, serait de plus l’oeil et la main de Bruxelles, ou de Lisbonne c’est selon, soit plus simplement l’instrument de la néo-libéralisation de l’école. Cette antienne ne tient absolument pas compte du débat strictement franco-français qui conduit au socle commun. Et que Claude Lelièvre raconte dans un article d’administration et éducation, n°134, juin 2012 : L’école du Socle. Nicolas Morvan cite d’ailleurs certains articles de ce n°, mais pas celui de Claude Lelièvre, mais il est dommage d’oblitérer une partie de l’argumentaire contradictoire.
    Claude Lelièvre fait remonter ce débat à celui de l’allongement de la scolarité obligatoire à 16 ans en 1959, et surtout à celui né de la fondation du collège unique en 1975, échouant à créer une école moyenne, sous la pression de la triple alliance (j’emprunte l’expression à Jean-Pierre Obin) : la droite, les associations disciplinaires, le SNES (et les communistes) dénoncent l’appauvrissement des savoirs que constitue l’objectif de garantir un « smic culturel » à tous les élèves (expression de VGE qui a mis le feu aux poudres).
    Pour Claude Lelièvre, cette question de « la définition d’un savoir commun minimal ou d’une culture commune de base exigible à la fin de la scolarité obligatoire, à la fin du collège, est restée durant trente ans une question vive, régulièrement enterrée ».
    Historiquement, Claude Lelièvre relève que l’expression d’un « socle commun » naît en 1994 dans un rapport de Luc Ferry, alors président du Conseil National de programmes « Il nous a semblé nécessaire de réactiver aujourd’hui l’idéal républicain d’un socle commun cohérent de connaissances et de compétences, y compris pratiques et réflexives, devant être transmis au collège. » C’est sa première mention dans un texte officiel. Cinq ans plus tard, l’expression est reprise dans un rapport des sociologues Marie Duru-Bellat et François Dubet.
    Enfin Claude Lelièvre rappelle que justement que dans la première proposition de loi en 2005, le socle n’avait pas son attribut « commun ». La nuance est pourtant de taille, entre l’idée d’un socle (souvent repris par la droite et encore par François Fillon aujourd’hui) et celle d’un socle commun tel que défini par la loi. Claude Lelièvre montre enfin qu’entre la loi et le décret de 2006, le HCE a ajouté les deux dernières compétences, en s’inspirant à sa façon des compétences-clés recommandées par l’Europe.
    Un des principes qui guide le socle est ainsi la non-compensation des compétences du socle commun, au nom même de l’exigence de construire une culture commune pour tous les élèves, un ciment pour la nation.
    Quand Nicolas Morvan s’étonne de la naïveté et de la hargne des partisans du socle commun, se demandant comment ils peuvent s’enferrer dans un tel outil de ségrégation scolaire et social, on se demande pour notre part comment ne pas voir dans le socle un outil de promotion démocratique basé sur un nouveau contrat républicain entre l’école et la nation. Nous avons choisi de ne pas renoncer à ces principes et nous ne fuyons pas le terrain sémantique à une certaine droite – forte – sous prétexte que l’usage de de leur part de « compétences, socle, autonomie…  » constituerait une souillure indélébile. Cette posture d’ailleurs ne conforte en réalité que les propos de la droite. Or, les discussions sur ce blog le montrent, beaucoup de principes éducatifs en réalité nous rapprochent. mais il existe une différence de taille. Vous vous faites l’apôtre de l’apocalypse (quand la droite reviendra au pouvoir, tous les outils du démantèlement sont déjà en place…), nous tentons d’incarner un projet basé sur des propositions applicables, plutôt éloigné de ce qui en a été fait depuis 2005. J’attends toujours à ce titre qu’on me montre en quoi le projet de « culture commune » porté par votre syndicat produirait moins de gaz que le LPC, refusant toute modalité pratiques pour garantir de facto des acquis communs en fin de scolarité obligatoire.

  27. Collègue, vous oubliez de rendre à P. Meyrieu la citation sur le socle pour les uns et la statue pour les autres … Quelqu’un qu’on ne peut taxer de libéralisme ou de conservatisme.

  28. Jeu stupide, plus caricatural que les caricatures qu’il dénonce.
    Que de temps perdus dans le but de montrer sectarisme et mépris pour ceux qui n’ont pas les mêmes idées que vous…

  29. […] avez aimé le bingosocle ? Vous aimerez sans doute le bingoshistoire […]

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