Réflexions personnelles sur notre système éducatif et son actualité

Une évaluation sous forme de tâche complexe en géographie en 3e

In Salle de classe on 5 novembre 2012 at 13 h 24 min

En guise d’exemple de ce qu’il est possible de mettre en place en histoire-géo. Loin de moi l’idée d’en faire un modèle, c’est sans doute améliorable. Mais une réponse à ceux qui proclament que c’est impossible ou inutile.

En classe de Troisième : évaluation proposée après la séquence consacrée à la région (Nord-Pas-de-Calais)

Une tâche complexe : 

Surpris dans un premier temps, les élèves ont à l’unanimité trouvé ce type d’évaluation intéressant. Ils ont d’ailleurs tous produit une affiche.
Il s’agissait bien d’une évaluation de fin de séquence. Les élèves n’avaient donc pas accès internet ni à leur manuel.
Ils pouvaient toutefois  me proposer d’autres illustrations que celles fournies en indiquant leur nature dans des cadres vierges (je me suis chargé de les ajouter par la suite). Ils pouvaient aussi me proposer des tailles plus grandes pour les vignettes fournies (là aussi je me suis charger de leur agrandir). Voilà pour la forme … qui compte beaucoup pour les élèves.
Quant au fond, j’attendais un mobilisation des connaissances sur la région et de quelques savoir-faire, notamment l’élaboration d’un croquis cartographique.
Comme annoncé dans l’énoncé, chaque élève n’était évalué que sur les capacités qu’ils tentaient de mettre en oeuvre.
Certaines étaient communes à tous :
en « transversal » :
-Comprendre et respecter une consigne complexe
-soigner son écriture,sa présentation
-Choisir le bon support de communication
en « géographie »
-décrire et expliquer l’organisation et le fonctionnement d’un espace
D’autres ont été évaluées en fonction des choix effectués par les élèves
– Connaître les différentes collectivités locales et leurs compétences
– Maîtriser le vocabulaire des espaces ruraux
– Maîtriser le vocabulaire des espaces urbains
– décrire et expliquer un aménagement du territoire
– manier les changements d’échelles
– construire ou compléter une carte ou un croquis et sa légende
Quelques productions particulièrement réussies :

Pour quels résultats ?
Certains élèves qui apprennent leurs leçons sans leur donner suffisamment de sens pour pouvoir les utiliser efficacement d’habitude ont pu, avec ce type de tâche, davantage se retrouver. Ils ont pu en effet « montrer » tout ce qu’ils avaient appris.
Il y avait en fait deux écueils à éviter :
– réaliser effectivement une affiche mais en oubliant d’utiliser le cours. Certains élèves, peu nombreux, sont tombés dans ce piège. Parmi ceux-ci une part n’aurait sans doute pas fait mieux avec une évaluation plus classique faute de maîtriser vraiment l cours.
– « réciter » son cours, en montrer le plus possible … en oubliant le support demandé. Certains « bons » élèves ont parfois flirter avec cette lacune, qui au final, n’est pas bien grave.
Une capacité a été moins bien réussie que les autres : décrire et expliquer un aménagement. J’en suis sans doute un peu responsable. Malgré la mise en garde dans la consigne, beaucoup d’élèves ont voulu utiliser tout ou partie des illustrations fournies en se contentant d’illustrer (alors qu’elles correspondaient toutes à des réalisations régionales étudiées en classe).
Si vous pensez qu’à travers cette démarche j’ai servi l’ultralibéralisme et me suis fait un apôtre de l’OCDE, n’hésitez pas à me le démontrer…
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  1. Salut Laurent,
    Merci pour cet exemple détaillé. Prof de lycée, j’ai un peu de peine à comprendre le fonctionnement de ces outils (socle, compétences, etc.) et à vrai dire, je suis assez heureux de ne pas avoir à les employer dans mes cours car il s’agit effectivement d’un sacré bouleversement.

    Je ne dirais pas qu’il y a là la mise en pratique d’une idéologie ultralibérale. Il est vrai que les notions de compétences ressemblent aux outils de gestion des RH, mais ça ne me semble pas déterminant.

    Ce qui me chagrine plus, c’est la façon dont cette approche transforme en profondeur nos disciplines. J’approuve le fait de changer de support et de modes d’évaluation de temps à autre pour ne pas être pris dans des modèles trop académiques. Mais quand même! Il me semble que nos matières ont d’abord pour objet de faire lire, réfléchir et surtout écrire & argumenter nos élèves.
    Or, réaliser une affiche, ça n’est pas inintéressant, je veux même bien que ce soit une « tâche complexe », mais en quoi cela les prépare-t-il à réfléchir, argumenter et rédiger au lycée et dans le supérieur?

    Si tout l’apprentissage et les évaluations se font sur des modes originaux, je prévois de sacré problèmes pour que les chers petits parviennent à réussir les exercices traditionnels de commentaires et de composition.

    Bien à toi

    CdB

    • Salut cdb,

      D’une part, j’ai toujours été partisan de la plus grande diversité que ce soit dans la manière de faire cours comme d’évaluer – et ce pour tenter de toucher le maximum d’élèves. Aussi, il est, pour moi, hors de question de ne faire que ça.

      D’autre part, comme toi, je suis convaincu que nos disciplines ont pour objet de « faire lire, réfléchir et surtout écrire & argumenter « . Et il me semble que faire travailler sous forme de tâche complexe y contribue. Dans l’exemple que j’ai donné, les élèves ont dû réfléchir, à partir de leurs connaissances, sur ce qui faisait les atouts et les faiblesses de la région et il s’agissait donc bien d’argumenter. Beaucoup ont élaboré un croquis et ont rédigé !

      Il me semble qu’avec ce type d’exercice je les prépare bien mieux à ce que vous demanderez au lycée que la nouvelle épreuve de brevet.

      Tu poses en fait un vrai problème (mais je le retourne) : pourquoi évaluer aux examens toujours sous les mêmes formes alors que parfois, il suffit de changer cette forme pour que les élèves nous montrent qu’ils maîtrisent ce qu’on attend ?

  2. Le débat est intéressant. Entre des attentes parfois très académiques du lycée et le fait qu’au collège nous formons TOUS les futurs citoyens éclaire votre début de débat.
    Je rejoins totalement Laurent sur la DIVERSITE. Contrairement aux caricatures un peu faciles sur les « pédagos », ceux que je connais prônent tous cela.
    Proposer uniquement des choses calibrées pour les examens, et donc pour ce qui nous concerne le DNB, est une facilité mais ce n’est vraiment qu’une partie de notre mission. A contrario, proposer que des choses « différentes » n’est pas suffisant non plus !

    Certains rétorquent que ce type de travail est une perte de temps et que « on verra plus tard » ou « quand on aura à nouveau des horaires convenables » (traduire mettre 8h de Français, 7h de maths, le reste après tout …). J’a des collègues de lycée qui voudraient voir arriver des bêtes de techniques en seconde. Peut être aussi que les mentalités (très dures à changer en collège) doivent aussi changer en lycée.
    Pourquoi une uniformité dans les formes d’évaluations/examens ? Car comme le dit Laurent, certains passent à côté alors qu’il ne le devrait pas.
    Je reste toujours pantois sur le fait que le bac ne se passe quasi exclusivement sur des épreuves écrites, sur un temps court et avec des formes assez similaires d’une matière à l’autre.

  3. Deux questions que je me pose

    _Les élèves qui n’ont pas utiliser le cours pour leur affiche, comment savoir si c’est leur manque de connaissances ou la forme de l’évaluation qui en est responsable ? Je sais que tu connais tes élèves, et je ne doute pas que tu le saches, ma question est plutôt d’ordre technique, comment ferait-on pour éviter cet écueil : se tromper en privilégiant la forme au détriment du fond ?

    _Quelle remédiation propose-tu à ceux qui ont illustrer au lieu de sélectionner les informations pertinentes ?

    • – Pour la 1ère question, ce n’est pas spécifique à ce type d’évaluation. Je viens de corriger une éval plus classique où ils avaient à analyser et expliquer la carte des densités de population. certains l’ont fait comme si nous en l’avions pas fait en classe. Je prépare une fiche d’autoévaluation pour les amener à prendre conscience qu’ils doivent penser à utiliser ce qu’on a fait en classe (c’est souvent ça en fait).

      – Pour la remédiation, c’était difficile. J’en ai discuté avec eux au moment de la remise des résultats. J’ai aussi affiché les meilleures affiches dans la classe pendant une semaine. La comparaison des affiches leur a permis de voir la différence (je l’espère !)
      Ils pourront aussi être réévalué lors des évaluations à la demande sur ces points.

  4. Merci pour tes réponses (en fait j’envisage un peu la même chose en EC 4è sur les libertés sur internet, de là mes questionnements, je l’ai déjà fait, mais on retombe toujours dans les mêmes problèmes).

    _je ne mettais pas en doute le fait qu’ils ont de manière récurrente ce genre de problèmes, donc, avec une fiche préalable à la remise du travail, je vais essayer aussi, nous pourrons comparer

    _effectivement, il est difficile de faire de la remédiation pour ce type d’exercice (et de façon générale vu le temps dont nous disposons). Pense-tu qu’une observation avec des pour/contre ou plutôt positif/négatif par ceux qui ont le moins réussi des affiches placardées serait opérant ?

  5. Ce qui me rendrais un peu plus circonspect, si je puis me permettre, c’est «une part n’aurait sans doute pas fait mieux avec une évaluation plus classique faute de maîtriser vraiment le cours.» C’est une constante morbide ? Ces élèves-là on repéré l’évaluation sous le travail demandé ?
    Mais ce sur quoi il faudrait les interroger, c’est sur le plaisir pris dans ce type de travail, parce que c’est ce plaisir qui peut devenir levier dans le futur pour qu’ils s’intéressent au contenu : s’ils ont envie de faire le travail, ils se rendront compte qu’ils ne peuvent pas le faire sans connaissances.
    En outre, je m’interroge aussi sur la question de la forme, dans ce qui est demandé : en dehors des capacités de communication, elle n’est pas évaluée ! Or, la forme transforme le contenu… (sinon, pourquoi changer de forme d’évaluation, par exemple ?) (mais c’est parce que je suis professeur d’arts plastiques, aussi, que je refuse de laisser cette question dans le non-dit.)
    Maintenant, si les questions de forme, d’efficacité d’une affiche, d’impact et de manipulation (c’est peut-être en ça que c’est le plus libéral… il s’agit de “vendre” une région !) ne sont pas travaillées en elles-mêmes, avec les élèves, il est normal qu’elles ne soient pas trop évaluées, il ne faut pas espérer de la pensée magique de la part des élèves de ce côté-là…

    Attention : ces deux remarques sont juste des questions qui viennent en bémol sur un travail que je trouve largement positif et inventif !

    • Merci pour ce commentaire et ces questions.

      – Pour les élèves qui ont échoué, je ne parlerai pas de constante morbide (ou macabre). Comme je l’ai écrit ailleurs, je crois aux différences de rythmes dans les apprentissages. Aussi, pour ces élèves, l’évaluation (quelques eu soit sa forme) itervenait trop tôt, d’où l’importance des réévaluations que je mets en place par ailleurs.

      – je les ai interrogés sur le plaisir à réaliser ce type de tâche. Et leurs réponses ont confirmé les conclusions que j’avais tirées de l’observation.
      « c’est sur le plaisir pris dans ce type de travail, parce que c’est ce plaisir qui peut devenir levier dans le futur pour qu’ils s’intéressent au contenu : s’ils ont envie de faire le travail, ils se rendront compte qu’ils ne peuvent pas le faire sans connaissances. » je suis ô combien d’accord avec votre remarque !

      – La forme a été prise en compte dans l’évaluation dans les eux items transversaux « respecter une consigne complexe  » et « choisir le bon support de communication ». Mais il est vrai que ce n’était pas là ma priorité. Un tel travail un cadre transdisciplinaire avec mon collègue d’arts plastiques pourrait la prendre davantage en compte.

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