Réflexions personnelles sur notre système éducatif et son actualité

Ce n’est certes que l’avis d’un prof de collège de base

In Uncategorized on 29 février 2012 at 9 h 54 min

Monsieur le Président,

Vous avez fait hier plusieurs annonces concernant l’éducation. Je souhaiterais revenir sur la principale d’entre-elles : demander aux professeurs un temps de présence plus long (26 heures au lieu de 18) en échange d’une augmentation de leur salaire de 500 euros.

En ces temps de crise, faut-il vraiment nous proposer une telle augmentation de salaire pour des heures que nous faisons déjà pour la plupart d’entre nous ? En effet, à bien y regarder, nous atteignons très facilement ces 26 heures de présence. Si je prends l’exemple de mon collège, en cumulant les trous dans les emplois du temps, l’accompagnement des élèves pour préparer l’épreuve d’histoire des arts, les heures du midi où nous accueillons les élèves qui souhaitent de l’aide … nous sommes bien présents dans l’établissement.

Certes, nous n’avons pas forcément du bureaux pour le faire dans de bonnes conditions. Mais, franchement, je ne vois pas comment il pourrait y en être autrement : à la rentrée prochaine, nous n’aurons déjà pas assez de salles ni de mobiliers pour tous les élèves (les 400 000 élèves de moins, ce n’est certainement pas chez nous !)

J’avoue que certaines semaines, je passe peut-être un peu moins de temps au collège pour pouvoir préparer dans les meilleures conditions mes cours. En effet, il faut aussi pouvoir consacrer des heures à l’élaboration de nos séquences d’apprentissage surtout si l’on veut suivre l’avancée des recherches dans notre discipline, y apporter une dose de différenciation, et une autre d’utilisation des tice (ce serait dommage de s’en priver quand on travaille dans un établissement bien doté grâce à l’effort fait par le conseil général … et je ne travaille pourtant pas en Corrèze). Cet état de fait va forcément décevoir ceux qui dans votre discours ont cru percevoir (sans doute à tort) une critique du temps de travail des enseignants.

Je vous sais évidemment gré de vouloir nous proposer une augmentation de salaire. C’est vrai que nous gagnons 25 fois moins que ceux qui craignent aujourd’hui d’être imposé à 75% par votre principal concurrent, mais je n’aurai pas l’outrecuidance de parler de « paupérisation » des enseignants. Quand on habite comme moi dans une région dévastée par la désindustrialisation et le chômage, on sait que la paupérisation relève d’une autre réalité.

Plutôt que d’augmenter nos salaires, jouons la solidarité en ces temps de crise en créant de nouveaux postes ; et les élèves en seront forcément encore mieux encadrés.

Et n’oublions pas nos collègues du primaire qui eux, sont déjà présents 26 heures dans leur école tout en ayant des temps de préparation sans doute encore plus long que nous. Et pourtant ils sont déconsidérés financièrement et socialement alors que pour ma part j’ai toujours trouvé qu’il était plus difficile d’enseigner en maternelle qu’à l’université, en élémentaire qu’au collège ou au lycée ! Ces 500 euros que vous nous promettez vont accentuer les écarts entre eux et nous alors que leurs conditions de travail vont empirer au vu du nombre de classes supprimées encore en septembre en maternelle et en élémentaire et du fait de la suppression des postes de RASED.

Jouer une catégorie d’enseignants contre une autre, jouer les familles contres les enseignants, les enseignants contre les élèves m’a toujours paru néfaste d’où que cela vienne. Aussi votre fausse bonne idée ne peut aller, vous l’aurez compris, selon moi, dans le bon sens.

Ce n’est certes que l’avis d’un prof de collège de base.

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  1. Entièrement en accord avec l’auteur de l’article.
    Depuis des années, on dresse l’opinion publique contre l’École de la République; d’ailleurs le début du discours de Montpellier du président-candidat laissait clairement entendre que les enseignants ne travaillaient pas assez …
    De plus, Sarkozy n’hésite pas « cliver » encore davantage les enseignants entre eux : les profs des écoles qui font déjà largement les 26 heures devant les élèves n’auront donc pas droit à l’augmentation de 500 €/mois. Pourquoi ?
    J’espère que les personnels de l’EN ne seront pas dupes; ce n’est pas pour le fossoyeur de nos services publics (donc de l’École) qu’ils devront voter au printemps prochain.

  2. « faut-il vraiment nous proposer une telle augmentation de salaire pour des heures que nous faisons déjà pour la plupart d’entre nous ? » Chercher l’erreur dans le bilan suivant (chiffres 2008:Eurostat, OCDE, INSEE (France), Destatis (Allemagne).

    1) en pourcentage du PIB, la dépense publique française est supérieure de près
    de 30%, soit 3,72% contre 2,88%, en comparaison à l’allemagne,

    2) Mais on compte 30,9 milliards d’euros en plus en France de dépenses hors personnel
    enseignant

    3) Nombre d’élèves secondaire par enseignant France= 12,13 Allemagne= 13,52. pour le primaire c’est l’inverse (18 éléves en France et 14 en Allemagne)

    4) Salaire annuel moyen (en €) France = 41 371 Allemagne = 69 984!!! et pourtant la valeur des budgets est le suivant (en milliards d’€) France= 22,17 Allemagne= 15,32!!!!

    5) Moins de la moitié des dépenses éducatives française est consacrée à payer les enseignants. Les « autres » dépenses représentent 4 096 euros par élève en France contre 1 026 euros en Allemagne – soit 3 070 € de moins. Rapporté aux 10 millions d’élèves français, cela représente 30,9 milliards d’euros…La RGPP pourrait se justifier?

    6) Le dernier classement PISA 2009 de l’OCDE, paru en décembre 2010, place
    l’Allemagne en 20ème position et la France en 22ème sur 65 pays. La France fait
    légèrement moins bien que son voisin d’outre-Rhin dans chacun des trois domaines
    expertisés : compréhension de l’écrit, mathématiques et sciences.

    >>>>>>Il est donc légitime de s’interroger sur l’efficacité de la dépense française. La logique du « toujours plus » et de l’augmentation sans fin des moyens, une fois de plus se
    heurte à la réalité des faits : l’Allemagne à nouveau nous démontre qu’avec moins,
    on peut faire plus et mieux…

    • Attention aux comparaisons des indicateurs macro-économiques. Je pense Monsieur que vous ne connaissez pas le système éducatif allemand de l’intérieur…
      L’Allemagne a bénéficié grâce aux campagnes napoléoniennes du Code civil, en revanche elle n’a pas tiré profit des grands mouvements populaires du XIXe siècle. La grande crise économique du milieu du XIXe siècle n’a pas donné lieu à une révolution de 1948 comment France, elle a simplement entraîné un grand mouvement d’émigration vers les États-Unis d’Amérique. De même le triomphe militaire de l’empire prussien en 70 a scellé un certain conservatisme social, tempérée par un paternalisme patronal qui marque encore aujourd’hui les relations sociales du Pays. Enfin dans l’entre-deux-guerres, la république de Weimar comme le régime nazi a protégé un système d’éducation hyper-élitiste. Le système éducatif de la république fédérale d’Allemagne est entièrement entre les mains des autorités locales. Concrètement, il est facile de consacrer une part modeste du PIB à l’enseignement secondaire si l’on accepte un enseignement général à plusieurs niveaux en fonction de l’appartenance aux différentes classes sociales ! Savez-vous que le Gymnasium est réservé aux familles qui appartiennent à l’intelligentsia…
      L’ambition jacobines et démocratique d’un même enseignement de qualité pour tous gravés dans le marbre le 15 mars 1944 par le plan « Langevin- Wallon … Ou que vous résidiez en France, à quelle classe sociale vous apparteniez, vous bénéficierez toujours d’un même collège, l’idée était généreuse… Même si on en vois les limites ! Il est clair que le succès de l’enseignement catholique n’est pas lié, le plus souvent, à des convictions religieuses, mais à la volonté des familles de choisir un collège correspondant aux ambitions qu’elles autorisent pour ses enfants…
      Faut-il revenir sur le collège unique, sur l’argument qu’il est trop dispendieux? Pourquoi pas? mais il faut poser sur la table tous les aspects du problème.
      À mon sens le drame du système éducatif français n’est pas là. Le vrai problème est celui du baccalauréat.
      Permettez-moi une anecdote : lorsque mon père est revenu en juin 1916 avec son baccalauréat, son père lui a dit, « Mon pauvre André, tu as réussi à diplôme qui ne vaut rien ! ». En effet mon grand-père avait lui réussi son baccalauréat avant la réforme scélérate de 1880 qui a substitué à la dissertation latine une dissertation française…

      Il est clair qu’à la fin du XIXe siècle moins d’un pour cent de la population était titulaire du baccalauréat, premier grade universitaire donnant droit à l’accès aux universités. Aujourd’hui lorsqu’on sait que le baccalauréat technique donne ce même droit, on peut s’interroger sur le sens de ce « grade universitaire» d’autant que ces jeunes échouent à 80 % dans un environnement éducatif qui n’est pas fait pour eux !
      Le vrai chantier est de remplacer le baccalauréat par un diplôme de fin d’études secondaires et de redonner au bachot son sens de premier grade universitaire, en l’accordant aux seuls jeunes qui ont le goût et l’aptitude pour des études à l’université.

      • Et si plutôt que de réfléchir à « comment sélectionner? » on réfléchissait à « comment enseigner à tous ? »

      • Merci pour votre réponse détaillée et claire.
        Je ne sais si le Gymnasium est « élitiste »mais apparemment il acceuille 8 004 828 d’éléves et en France le secondaire 5 956 946 (écart de 25% mais ils sont plus nombreux que nous, pas de cette différence).
        L’histoire de nos pays n’est pas la même mais sans faire du copié-collé imbécle, on peut mettre sur la table le coût de l’organisation de notre « belle république », centralisée qui pour des raisons de soi-disante égalité est particulièrment inquitable: les élites en France profite beaucoup plus et intelligement du système français gratuit pout tous! Parlons pas du système universitaire et des grandes écoles françaises où le renouvellement des élites est rare
        Les chiffres restent têtus, et je préfererais donner de la respiration au système (par décentralisation réelle et responsabilisation encadrée) plutôt que de payer une bureaucratie.
        Les résultats de l’éducation nationale ne sont pas à la hauteur de ce que le citoyen finance par ses impôtsou par la dette: il y va du potentiel de développement de la France qui faiblit peu à peu par de mauvaises allocations des ressources et une organisation non optimum de son système scolaire. Il faut penser dans tous les dimensions du problème; je conçois que les aspects coûts sont insuffisants mais….

  3. Effectivement on nous donne peu à peu de nouvelles tâches qui sont intégrées dans nos obligations de services et donc non payées en plus, par ex les examens de BTS qui passent en CCF et pour lesquels nous devons concevoir les documents et faire passer les élèves (avec 30 élèves qui doivent passer 2 épreuves différentes en BTS industriel cela fait du temps sachant qu’on prépare plusieurs sujets).
    Rester plus longtemps alors qu’au lycée les ordinateurs sont pleins de virus (pas de personnel pour les entretenir) et qu’il n’y qu’une salle en dehors de la salle des profs, franchement on fait bien mieux les cours chez soi. On sent bien la disparition des CPE derrière cette pseudo augmentation et donc nous aurons plus d’heures non pas pour aider les élèves mais pour effectuer d’autres tâches qui ne sont pas liées à l’enseignement!!!

  4. Chapuis ayant posté ce commentaire sur la page « L’auteur », je me permets de le recopier ici :

    Bonjour,
    Je ne peux m’empêcher de faire un commentaire car ouf, enfin, je lis un article sur le sujet tant médiatisé d’hier qui me plait, vraiment merci !
    Je suis professeur des écoles et depuis le début de l’année, je comptabilise tout mon temps de travail ( 26 hdevant élèves plus les 2 fois dix minutes d’accueil !!!, les réunions, les préparations matérielles et de réflexions ou de recherche, les appels téléphoniques avec les orthophonistes ou autres personnels spécialisés, les rencontres très nombreuses avec les parents ), bref, j’arrive régulièrement à une semaine de 40 heures effectives et cette année, je travaille à 75%, je gagne 1500 € net par mois.
    Et bien, mon bonheur au travail ne passera pas par du “gagner plus” mais du ” reconnaissez mon travail”, donnez-moi des collègues spécialisés qui m’aideront avec des élèves en grande difficulué scolaire ou comportementale, donnez-moi des heures pour établir mes projets, des heures autres que le 22h minuit rituel du prof des écoles ou des autres collègues d’ailleurs !!!
    Bref, notre président oublie que tout ne passe pas par le fric, on aurait choisi un autre boulot depuis longtemps mais la qualité des conditions de travail crée des enseinants motivés et des enseignants motivés sont motivants et donc créent des élèves motivés à leur tour motivant et alors là c’est la spirale idéale !!!!!
    Mes enfants ( j’en ai 4 dont 3 en fin de collège), hier étaient scandalisés devant les infos, quoi maman mais toi, tu fais déjà 26h devant les élèves et le reste on n’en parle pas, et les profs alors qui choisiraient ces 26h, ils gagneraient plus que toi mais c’est injuste, mais vraiment y’en a marre que les gens ne voient pas tout le boulot autour, non mais maman, c’est nul ! Parole d’ados bien dans leurs baskets, bons élèves, admiratifs des profs qui se donnent du mal ( ils sont très compétents pour voir que tel prof vraiment passe du temps à corriger ou à chercher des choses intéressantes) mais des enfants qui déjà m’ont dit ” jamais je ne serai prof, maman, désolé, car on voit que tu te donnes à fond mais vraiment quelle mauvaise image tu as “.

    pour terminer car je ne veux pas être trop longue et je peux être vite intarissable sur le sujet….
    Cette année, j’enseigne dans une école qui a eu une fermeture d eclasse et donc nous n’avons plus que deux classes dont un cours triple ( ce2-cm1-cm2 à 24 élèves, nombre raisonnable mais beaucoup de travail en amont ). En même temps , nous avons subi le non remplacement des EVS et donc nous n’avons plus d’adulte dans l’école pour nous aider aux tâches administratives, au dédoublement des classes en informatique, aux aides quand nous faisons des travaux de groupe ou des projets un peu hors scolaire…le bonheur quoi ! Et ma directrice doit tout assumer, sa classe à 3 niveaux et un travail administratif de folie, tout cela en dehors de ses 26 heures devant élèves….alors faire croire aux français que les profs ne bossent que 18 heures, cela me donne la nausée.

    Heureusement que des personnes comme vous rétablissent certaines vérités et rappelleent que la solidarité est une valeur en laquelle nous croyons…..moi, je gagne correctement ma vie, mon mari aussi, nous avons 4 enfants heureux, une maison, nous partons assez en vacances alors franchement, gagner plus n’est pas mon objectif mais travailler mieux et avec le sourire OUI !

    Merci de m’avoir lue.

  5. […] Est-ce bien raisonnable ? C’est, en substance, ce que demande avec une pointe d’ironie Laurent Fillion sur son blog. « En ces temps de crise, faut-il vraiment nous proposer une telle augmentation de […]

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