Réflexions personnelles sur notre système éducatif et son actualité

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Une approche par compétences, de la remédiation à la ré-évaluation

In Salle de classe on 31 octobre 2011 at 18 h 59 min

Une classe de 4e, en histoire…

temps 1 : une activité par groupe de quatre élèves. A partir d’un corpus documentaire, les élèves doivent réaliser une fiche sur un philosophe des Lumières : 5 étapes-clés de sa vie / son oeuvre / ses idées et conclure en rédigeant un texte de synthèse montrant comment lui (et d’autres philosophes et savants) ont contribué à  modifier l ‘état d’esprit du XVIIIème siècle.

La séance suivante est consacrée à une brève mise en commun (à l’issue de laquelle les élèves s’autoévaluent sur les objectifs annoncés) et à l’élaboration d’une synthèse plus générale sur les Lumières.

temps 2 : évaluation. Les élèves doivent rédiger un paragraphe répondant à la consigne suivante : « Rédigez un paragraphe de quelques lignes dans lequel vous présenterez un philosophe des Lumières (vie, écrits et idées). Vous concluerez en montrant comment lui et les autres philosophes et savants des Lumières ont remis en cause l’ordre politique et social du XVIIIème siècle. »

 A côté d’une compétence transdiciplinaire « comprendre une consigne complexe », et pluridisciplinaire « rédiger un paragraphe construit » , d’autres objectifs disiciplinaires sont ici attendus « maîtriser quelques repères historiques » / « présenter un philosophe » /  » Présenter les idées des Lumières »

La restitution de cette évaluation se fait sans note mais par capacités, avec quatre niveau d’acquisition. Le message n’est pas « c’est bien / pas bien » mais plutôt « tu as su faire (ou presque) / tu ne sais pas encore le faire »

temps 3 : remédiation. la webapplication SACoche me permet d’obtenir une répartition des élèves en fonction de leur degré d’acquisition pour chacune des capacités évaluées. (cliquer sur l’image pour agrandir)
répartition élèvesJe m’en sers pour former des binômes, en veillant à ce que chacun puisse apporter quelquechose à l’autre. Par deux, les élèves se repenchent sur cette tâche, corrigent leurs erreurs, complètent leur texte… Ils s’appuient pour cela sur leur « grille » de résultats.

temps 4 : réévaluation. Les élèves qui le souhaitaient ont pu me faire part de leur souhait d’être réévalués sur un ou plusieurs points. L’évaluation de la séquence suivante m’en offre l’occasion. Il s’agit en effet d’un contrôle sur « les difficultés de la monarchie française sous Louis XVI » à partir d’un récit d’Arthur Young. L’agronome anglais y évoque justement la diffusion d' »aspirations nouvelles provoquant une grande fermentation chez une partie de la société française ». Ce passage me fournit l’occasion, après d’autres questions ciblées sur la nouvelle séquence, de demander à ces élèves de présenter un philosophe et ces idées nouvelles. Les autres ont droit eux à une question supplémentaire, de synthèse sur les difficultés en 1788.

Evaluation personnalisée en fonction du niveau d’exigence déjà atteint. Chacun devra bien parvenir au même point, mais à son rythme. L’essentiel n’est pas ici de gagner le marathon mais de le terminer.

Tous les élèves concernés ont amélioré leurs résultats par rapport à la première fois (« maintenant tu sais faire » !). Ce n’est pas encore parfait pour tous, ce ne sont pas toujours les idées essentielles qui ont été données mais c’est mieux, et l’étude de la Révolution Française dans quelques semaines permettra d’y revenir.

Cette approche m’a donc permis de faire acquérir à tous des connaissances et des compétences que je jugeais essentielles pour la suite, d’autant plus que la plupart étaient inscrites dans le socle commun. Commun : c’est bien là le mot important ! En tenant compte du rythme d’apprentissage de chacun, en permettant aux élèves de s’appuyer sur leurs erreurs pour progresser, j’ai pu tenter de rendre l’essentiel « commun » à tous.

J’ai beau relire les rapports de l’OCDE que l’on peut trouver sur les sites de syndicats ou mouvements dits progressistes, je ne vois pas en quoi en travaillant ainsi j’ai pu m’inscrire dans une logique ultralibérale.

J’ai beau relire les jérémiades des pamphlétaires médiatiques ou celles des « néo-profs », je ne vois pas en quoi en travaillant ainsi j’ai pu sacrifier les connaissances, baisser les exigences.

Bien au contraire me semble-t-il puisque tous les élèves maîtrisent désormais ce qui était attendu (mais c’est peut-être justement ce qui gêne les défenseurs d’une école élitiste).