Réflexions personnelles sur notre système éducatif et son actualité

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Evaluation par compétences : de la nécessité d’informer les parents

In Salle des profs on 23 février 2011 at 14 h 07 min

illustration de Marc Chalvin tirée de Laura Jaffré "Tout ce que vous pensez des profs et ce qu'ils pensent de vous" ed. La Martinière

S’engager dans un système d’évaluation par compétences exige bien évidemment un effort d’explications vis à vis des familles, tant leurs attentes sont légitimement fortes dans ce domaine.

C’est d’autant plus important quand on doit faire face à une désinformation cherchant à faire passer ces pratiques pour néfastes voire dangereuses (certains n’hésitant pas à assimiler le livret de compétences au livret ouvrier !)

Dès le début d’année, nous avons pris soin d’informer les parents de notre pratique, et du pourquoi nous avions pris cette décision :

Madame, Monsieur,

Une partie de l’équipe pédagogique de la classe de …………….. proposera cette année une évaluation par compétences en lieu et place des notes traditionnelles.

Par ce choix, nous espérons pouvoir

– davantage prendre en compte les progrès réalisés par les élèves au fur et à mesure des évaluations.

– davantage prendre en compte les rythmes d’acquisition des apprentissages, différents d’un élève à l’autre

– engager des remédiations individualisées et mettre en place des groupes de besoin

Les élèves auront en effet la possibilité d’être ré-évalués sur ce qu’ils n’ont pas acquis, le droit à l’erreur sera ainsi vraiment pris en compte.

Avec ce système, les élèves connaîtront mieux nos attentes mais aussi et surtout les points forts sur lesquels ils pourront s’appuyer et les points faibles à corriger.

Il devrait aussi éviter de démotiver certains élèves.

Pour vous parents, ce système de communication des résultats de votre enfant pourra peut-être vous paraître déroutant dans un premier temps si vous êtes habitués aux notes.

Mais, vous recevrez très régulièrement des bilans qui vous permettront, mieux que par une simple note chiffrée, de voir où en est votre enfant dans ces matières et peut-être de savoir sur quoi le faire travailler.

De plus, si vous disposez d’internet, votre enfant et vous pourront consulter les résultats aux évaluations et les bilans intermédiaires, grâce à l’application Sacoche qui sera utilisée. (l’adresse et un mot de passe personnel vous seront communiqués). Cette application permet également de voir où en sont les élèves dans l’acquisition du socle commun de connaissances et de compétences nécessaire à l’obtention du brevet des collèges.

Enfin, sur le bulletin trimestriel, une moyenne sur 20 apparaîtra qui correspondra à la proportion d’objectifs atteints par l’élève au moment de l’édition du bulletin.

Nous restons à votre disposition pour toutes questions supplémentaires.

J’ai également rencontré un représentant des parents d’élèves, quelque peu réticent malgré son appartenance à une association qui soutient plutôt ce genre d’initiative, pour lui exposer la démarche.

Lors des réunions parents-professeurs,  je n’ai jamais éludé la question, bien au contraire, c’est souvent moi qui l’abordais.

Et je dois bien avouer que j’ai été agréablement surpris par ces échanges. Tout d’abord parce qu’un nombre beaucoup plus important que prévu de parents cautionnent notre démarche ; avec ceux qui n’ont pas de préférence pour l’un ou l’autre des systèmes, ils semblent former une majorité. On y trouve en priorité les parents des élèves difficultés qui semblent nous rejoindre sur l’aspect moins démotivant de ce système d’évaluation. Un père d’élève était quant à lui  beaucoup plus intéressé par le fait qu’on connaisse mieux les élèves. Pouvoir dresser la liste de ce que maîtrise un élève et des difficultés précises auxquelles il fait face ainsi que des progrès accomplis est en effet l’un des aspects les plus intéressant « des usines à cases ». Quant à ceux qui n’y sont pas favorables, je n’ai pas eu à faire face pour l’instant à une franche hostilité. L’un d’entre eux m’affirmait après la discussion « présenté comme cela, cela apparaît évidemment bien !« , quant à une autre « ce n’est pas que je sois contre votre système, c’est simplement qu’on est habitué aux notes » (comme les profs en somme !).

Je n’ai jamais cherché dans mon discours à essayer de convaincre, les parents comme les élèves (et comme les collègues) ont le droit de continuer à croire que la notation c’est mieux. Par contre, je m’efforce toujours d’expliquer les raisons de mon/notre choix ; ce n’est pas à ceux qui y sont hostiles de le faire (avec de faux arguments !) et là quel que soit le point de vue sur la question, les parents ont toujours été sensibles à notre discours.

Il y a bien eu une fois un dialogue de sourds :

– avec les notes au moins on peut situer son enfant par rapport aux autres

– … sourire

– [sourire aussi] oui, vous avez raison, mais que voulez-vous c’est un défaut de parent ça !

 

Il est évidemment encore trop tôt pour tirer un bilan définitif de la manière dont cette pratique a été accueillie par les parents, nous ferons une enquête pour cela en fin d’année, mais pour l’instant ce n’est pas le tollé que certains  prédisaient (espéraient?).

Et cela ne doit pas nous empêcher de réfléchir à la manière de rendre toujours plus lisibles les bilans communiqués aux familles. La note ce n’est pas plus simple, c’est plus simpliste. A nous de faire en sorte que les relevés compétences, cela soit à la fois pratiques et utiles.

De la manière d’ « intégrer » les enseignements

In Salle des profs on 9 février 2011 at 11 h 12 min

Luc Chatel s’est  prononcé récemment pour la généralisation de l’enseignement intégré des sciences. Proposition fort louable qui vise à donner du sens à ces enseignements et à améliorer la continuité élémentaire/collège en diminuant le nombre de professeurs intervenants.

Cette déclaration, qui vise certainement aussi à faire le buzz pour occulter la suppression massive de postes (on en est tout de même depuis un mois à un effet d’annonce par semaine), pose plus de questions qu’elle n’amène de réponses.

Il y a en effet deux aspects dans cet enseignement intégré des sciences :

– la démarche d’investigation issue de la main à la pâte

– le fait qu’il n’ y ait plus qu’un seul prof pour les trois disciplines.

C’est bien évidemment ce second aspect qui est le plus commenté.

A long terme, il s’agit donc de recréer un profil spécifique de professeurs de collèges, de redonner vie au corps des PEGC. Pourquoi pas ? Un collège qui cesserait d’être un petit lycée, un collège qui posséderait son organisation et sa finalité propres devrait en effet en toute logique fonctionner avec des enseignants recrutés et formés pour  lui ! Or, le même ministre ne semble pas prompt à mettre en place le collège du socle commun qui justifierait un tel changement. La question du recrutement n’est elle jamais abordée. Elle est pourtant essentielle ici. Un prof spécialiste d’une discipline universitaire et recruté sur cette base aura forcément des difficultés à se retrouver dans la polyvalence. N’importe quel prof d’histoire-géo sait combien il faut être attentif à ne pas déséquilibrer notre enseignement au profit de la matière pour laquelle on est diplômé (quant à l’éducation civique elle est -hélas- souvent sacrifiée car discipline non universitaire). Reste la question de la formation, mais là …

Cet enseignement intégré des sciences a été expérimenté dans plusieurs collèges. J’ai pu croiser certaines des équipes engagées dans l’expérimentation. Un constat prévisible : le succès repose sur le volontariat des équipes ! Difficile donc d’imaginer à court terme une telle généralisation.

Et si le problème était ailleurs. Diminuer le nombre d’intervenants peut certes aider les élèves de sixième, mais n’est-ce pas le nombre de matières enseignées qu’il vaudrait mieux diminuer ? Le but ici n’est-il pas de donner du sens aux matières scientifiques en évitant de les tronçonner. Une autre piste est alors possible. La logique pourrait être contraire. Plutôt que de demander à un seul professeur d’enseigner plusieurs matières, mettons à contribution plusieurs professeurs pour enseigner un même programme. Ne pourrait-on pas réécrire les programmes pour en réduire le nombre en créant des « programmes interdisciplinaires »? L’académie des sciences se retrouverait sans doute dans l’existence d’un seul et même programme de « sciences » au sens large. Ne pourrait-on pas envisager un programme commun d’ « humanités ». Il ne s’agirait pas de mettre fin aux disciplines mais de bâtir plus clairement des ponts entre elles afin de donner plus de sens aux apprentissages aux yeux des élèves. Cette réécriture des programmes pourraient bien évidemment se calquer sur le socle commun. Je me suis d’ailleurs toujours demandé pourquoi l’écriture du socle n’avait pas coïncidé avec l’écriture conjointe de nouveaux programmes.

On demanderait donc à plusieurs profs d’enseigner un même « programme », de travailler plus explicitement qu’actuellement sur des objectifs communs, chacun apportant sa spécificité.

J’ai pu à plusieurs reprises tester ce type de démarche, notamment le cours à « quatre mains » avec des collègues de français autour de thèmes communs ou de capacités communes « le grand siècle », la bible, écrire, raconter …  A deux parfois dans la même classe pour aider les élèves à aborder ces thèmes en fonction de nos spécialités respectives. Il était intéressant d’ailleurs de noter que lors des tâches demandées, ils choisissaient leur interlocuteur en fonction de leurs besoins.

Comme pour l’enseignement intégré expérimenté, une telle pratique doit bien évidemment s’accompagner de démarches nouvelles.

Il ne s’agit donc pas d’un reniement des disciplines mais de mettre fin à un saucissonnage parfois préjudiciable aux apprentissages. Pourquoi en effet multiplier les approches  quand elles pourraient se compléter plus clairement ?

Il existe donc une alternative à la polyvalence ; alternative qui passe par un travail d’équipe, des pratiques qui donnent sens aux apprentissages, une approche inter et trans disciplinaire. Cette alternative aurait en outre le mérite de ne pas être suspecte de viser surtout à supprimer des moyens car contrairement à la polyvalence, elle en demanderait quelques-uns supplémentaires.

Conclusion forcément pessimiste…