Réflexions personnelles sur notre système éducatif et son actualité

Résultat du DNB : Et si vous respectiez les élèves ?

In Au piquet on 15 juillet 2017 at 10 h 57 min

Sitôt les résultats du dnb connus, les commentateurs se sont précipités pour les dénigrer et avec eux le travail de nos élèves.

Pas tous, la grande majorité des professeurs s’est réjouie de la réussite des élèves mais l’éternelle minorité grincheuse et quelques journalistes non spécialisés qui ont bien mal préparé leur sujet.

Près de 90 % de réussite ! Et alors ? Un diplôme n’aurait de la valeur que s’il était restreint à un tout petit nombre ? Le DNB ne valide pas une poursuite d’études ni un accès à quoi que ce soit, et les élèves le savent très bien. Il valide la maîtrise d’un minimum requis en fin de scolarité obligatoire. Du reste, ces résultats rejoignent les tests organisés par le ministère de la Défense lors de la journée défense citoyenneté. 90 % des jeunes maîtrisent ce minimum, 10 % ne le maîtrisent pas. Ceux qui crient au scandale parce qu’on « donne » le brevet à 90 % des élèves taisent en fait le vrai scandale : 10 % ne l’obtiennent pas. Toute notre énergie devrait être utilisée pour que ces 10 % l’obtiennent également. Mais 100 % de réussite provoquerait assurément la mise en PLS de certains …

Mais quand on fixe comme objectif à l’éducation de sélectionner et d’écarter progressivement les élèves, ça se tient. Quand ils sont enseignants, les auteurs de ces propos n’ont en effet souvent qu’un rêve : enseigner dans les filières sélectives, dans un lycée bourgeois ou à l’université. Ces 10 % d’élèves en difficultés, ils les laissent à d’autres.

Ceux qui proclament que ce brevet est « donné » réfléchissent-ils à la violence de leur propos pour les élèves qui ne l’obtiennent pas ? Et pour ceux qui ont réussi à l’obtenir après de réels efforts ?

On entend et lit beaucoup de bêtises à propos de ce dnb 2017.

Pour certains « anti réforme du collège », il aurait été modifié pour faire augmenter le pourcentage de réussite et ainsi prouver les bienfaits de cette réforme… A ces derniers, on pourrait leur faire remarquer que ces bienfaits ne pourront être visibles que dans trois ans quand une cohorte d’élèves aura réalisé la totalité de son parcours au collège post réforme (à condition qu’elle ne soit pas trop détricotée par le ministre d’ici là). Ils devraient donc se réjouir de cette augmentation qui concerne des élèves qui ont réalisé 3 ans sur 4 hors réforme, non ?

Pour d’autres (ou les mêmes) il cacherait la baisse du niveau (dont on ne sait pas à quand elle remonte selon nos interlocuteurs). Ainsi on donnerait un diplôme synonyme de haut niveau de maîtrise et pire des mentions plus nombreuses sans que ce soit justifié. Encore une fois, le dnb valide un minimum. Cela ne signifie en rien qu’on ne vise pas et n’obtienne pas plus : Quand on distribue un diplôme à tous les participants à un marathon qui sont allés au bout, ça ne signifie pas que tous les coureurs ont réalisé le dernier temps !

L’obtention du brevet n’est pas la réussite mais c’est une réussite pour les élèves et on pourrait au moins respecter cela.

Comment critiquer le fait que le nombre de mentions Bien et Très Bien soit en augmentation quand on sait que le principal intérêt de ces dernières est l’obtention d’une prime pour les élèves boursiers. Les « héritiers » seraient contre ?

Mes élèves qui ont obtenu le brevet le méritent ! Ils le méritent parce que dans mon établissement, le positionnement sur les compétences du socle s’est fait sérieusement à partir des évaluations des dites compétences sur l’ensemble du cycle. Ni sabotage (pour démontrer après coup facilement que ça ne fonctionne pas quand on n’a pas voulu s’y mettre pendant trois ans ), ni surévaluation. Ils le méritent parce que certains ont su rattraper les points qui leur manquaient lors des épreuves terminales, y compris par un oral qui permet à certains élèves de se mettre en valeur.

Quand je vois avec quel stress ils se sont présentés à ces épreuves, quand je vois leur joie pour certains de l’avoir obtenu alors que ce n’était pas gagné ou pour d’autres d’avoir obtenu la mention qu’ils visaient, de quel droit je leur dénigrerais cette réussite ? Pourquoi leur dirais-je que « de mon temps le brevet valait plus » (de mon temps on ne le passait pas d’ailleurs) si ce n’est pour valoriser ma génération en abaissant la leur ? Les élèves savent très bien que ce qu’ils viennent d’obtenir n’est pas un sésame pour l’avenir, seuls les adultes de mauvaise foi font croire le contraire.

Si on veut un débat sur ce brevet, on peut l’avoir : Est-il utile ? Qu’est-ce qui justifie le coût des épreuves terminales ? La validation des compétences (faite avec rigueur) et une présentation orale ne suffiraient-elles pas ? Elles ont certes un intérêt : entraîner les élèves aux épreuves futures, mais aussi de sérieux inconvénients comme celui d’enfermer les apprentissages de l’année de 3e dans une préparation à des types d’exercices très ciblés et de nous faire courir après un programme bien trop lourd.

Je terminerai par féliciter les élèves qui ont obtenu ce brevet (en particulier les miens). N’écoutez pas les grincheux, soyez fiers et que cela vous motive pour l’an prochain.

Quant à ceux qui ne l’ont pas obtenu, ne vous découragez pas afin d’obtenir un futur diplôme plus important. Prenez cet échec comme une invitation à vous investir davantage. En effet, la plupart d’entre vous avez décroché à un moment. Raccrochez donc ! Pas facile certes quand l’Education Nationale exige de vous d’entrer dans un moule quand c’est elle qui devrait s’adapter à vos difficultés de différentes natures pour vous faire réussir comme les autres.

« Enseigner l’esprit d’entreprendre à l’école », du jugement hâtif à l’expérience vécue

In Au piquet, Salle de classe on 28 octobre 2016 at 16 h 22 min

Un article de Lucie Tanguy paru il y a quelques jours dans The Conversation met en cause les projets de minientreprises mis en place depuis plusieurs années dans les collèges et lycées.

Je participe depuis plusieurs années à la création de ces mini entreprises avec mes élèves en partenariat avec EPA (cité dans l’article) et depuis peu en croisant avec les outils de la plateforme de ressources de l’ESS. Cette année, du reste, ce projet se fait sous la forme d’un EPI qui concerne l’ensemble des disciplines et les collègues ont su lui donner un nouvel élan qui m’a vraiment étonné.

Je ne suis absolument pas d’accord avec cet article. L’auteur aurait dû aller sur le terrain voir ce qui se fait vraiment plutôt que d’enquêter à partir des documents écrits et de rester sur ses a priori.

Des erreurs

Aussi, j’ai repéré plusieurs erreurs ou approximations plus que malheureuses dans cet article :

« La création et le fonctionnement des mini-entreprises s’accomplissent sous la direction d’un représentant de l’association ». C’est faux. Le projet se fait sous la direction des enseignants qui utilisent comme bon leur semble les outils fournis par EPA. Le représentant d’EPA intervient (ou pas) à leur demande et n’a qu’un rôle d’accompagnant dans la démarche. Rien d’intrusif.

« Les noms attribués aux mini-entreprises révèlent bien qu’il n’y a pas de véritable travail dans la fabrication de leurs objets ». Faux là encore. Certains projets sont très ancrés autour de la fabrication, mon collègue de technologie pourrait en témoigner en commentant ce document et cette photographie issus du projet d’il y a deux ans. D’autres non car les mini entreprises choisissent parfois la sous-traitance de la fabrication, d’autres encore font le choix de développer un service. Bref une découverte de l’économie.

dossier-techfab

« EPA, comme toutes les associations répertoriées affirment avoir, avant tout, pour objectif de transmettre « la culture d’entreprendre », « l’esprit d’entreprise » qui se définissent par les principales qualités à faire acquérir aux jeunes : motivation, enthousiasme, autonomie… Comme le traduisent les récits et observations recueillis. » Si EPA affiche comme objectif de faire découvrir l’esprit d’entreprendre (et non d’entreprise) et le travail d’équipe (est-ce mal?), les enseignants y voient plutôt la possibilité de faire découvrir le fonctionnement de l’entreprise à des élèves qui y travailleront plus tard pour la majorité. Le pari peut être de penser que ces derniers seront plus à même de s’y retrouver (voire de s’y défendre?) s’ils connaissent mieux ce monde. C’est donc l’idée même d’un partenariat. Chacun s’y retrouve.

Notons que toutes les écoles d’ingénieurs proposent de tels projets. Faut-il les réserver à notre seule « élite » ?

« Les profils de poste de direction affichés dans un lycée pour recruter des candidats ne mentionnent aucune exigence autre que des attitudes et des dispositions comportementales » . Faux ! Mes élèves élus gérants font actuellement passer leurs entretiens d’embauche et ils veillent à placer leur camarade au poste dans lequel ils pourront s’épanouir grâce aux compétences qu’ils possèdent. Ces derniers les ont bien mises en avant dans leur cv et lettres de motivation. C’est aussi ce qu’il y a de très positifs dans un tel projet : chacun est mis en valeur en fonction des savoirs et compétences qu’ils maîtrisent ou sait développer. Voilà donc un projet qui reconnaît l’importance de chacun, l’apport de chacun. Notons que l’an dernier mes élèves avaient prévu un plan de formation pour qui voudrait développer de nouvelles compétences.

« Au lieu et place de ceux-ci, il importerait plutôt de concevoir un enseignement qui intègre les connaissances et leur mise en œuvre dans un travail produisant des biens et services socialement utiles, de sorte à concilier les impératifs économiques, démocratiques et de justice sociale. » L’auteur peut se rassurer, je reconnais dans ces derniers propos ce que je fais avec mes élèves avec ces projets.  D’une part, chaque année, les élèves ont choisit de créer une société coopérative (c’est le cas de la quasi totalité des minientreprises). Et les outils d’EPA permettent et encouragent la création de SCOP. Assemblée générale, vote démocratique, charte de valeurs, parité … font partie intégrante du projet. Les outils proposés induisent aussi une réflexion sur l’utilité sociale du produit ou service fourni. Mes élèves créent également un syndicat et élisent un délégué du personnel. Ça n’a jamais dérangé l’association partenaire, bien au contraire.

Pas de complot ultralibéral

J’entends déjà ceux qui adorent jouer les avant-garde du prolétariat derrière leur écran crier au grand complot du capitalisme mangeur d’hommes, de la marchandisation et de l’uberisation de l’école comme le fait sur la fin Lucie Tanguy. Dans les faits, on en est bien loin …

Le discours tenu par cette association et les enseignants qui s’engagent tournent autour de la reconnaissance des projets collectifs et des personnes comme valeurs premières dans l’économie (j’invite l’auteur ou les adeptes des théories du complot à écouter les propos tenus dans les vidéos le jour du concours).

J’ai toujours pu remarquer la grande ouverture d’esprit des personnes croisées dans ces projets, y compris des « entrepreneurs ». Ces derniers ne sont en rien des requins du capitalisme (ceux là ne semblent pas s’investir dans ce type de partenariat et c’est tant mieux). Ceux que mes élèves ont rencontré ont franchement apporté aux élèves et dans le respect des règles de neutralité : que ce soit cet ancien sportif de haut niveau qui a créé son entreprise comme reconversion , ou encore l’un des créateurs d’Ankama …

Je terminerai enfin par raconter la remise des prix de l’an dernier. J’y ai vécu là un des moments, (le moment ?) les plus positifs de ma carrière de prof. La minientreprise primée a été celle d’élèves d’une IME, avec des handicaps très lourds. Ils avaient bâti leur projet autour de leur handicap voulant montrer qu’ils avaient leur place dans l’économie, avec un vrai esprit militant (allant jusqu’à l’autodérision dans le clip publicitaire qu’ils avaient produit). Quand le résultat a été proclamé, standing ovation des 2000 jeunes présents pendant que les lauréats montaient sur scène ( et vu leur handicap, ils ont mis du temps à monter). Tous les profs présents étaient très très émus non pas de cette récompense mais de la réaction des autres élèves qui avaient oublié leur déception de ne pas être récompensés devant la leçon d’humanité, de citoyenneté, d’économie sociale et responsable qu’il venait de vivre.

D’une manière générale, du reste, ces projets marquent les élèves. J’ai ainsi appris récemment qu’une ancienne élève devenue assistante d’éducation avait lancé un club mini entreprise là où elle travaille.

Prompts (à juste titre) à dénoncer les caricatures dont ils sont affublés, les enseignants devraient aussi apprendre à ne pas tomber eux-mêmes dans la caricature.

Enfin, il faut aussi faire confiance aux collègues qui savent être suffisamment vigilants pour que de tels partenariats soient positifs.

Evaluer par paliers : pourquoi ? Comment ?

In Salle de classe on 6 juillet 2016 at 17 h 35 min

Innover dans sa classe, ce n’est pas penser qu’on a trouvé une solution miracle , c’est continuer à tâtonner, se remettre en question, chercher toujours plus d’efficacité et surtout continuer à chercher, à modifier, à adapter tant que TOUS les élèves ne sont pas en situation de réussite. Bref, c’est tout le contraire de ce que décrivent les contempteurs du « pédagogisme », ceux qui trouvent dans l’immobilisme ou la réaction le confort d’une position qui ne fait reposer l’échec que sur les épaules de celui le subit.
Aussi, après quelques années d’évaluation sans notes, il convenait de passer à une nouvelle étape afin d’essayer d’atteindre certains des objectifs que l’on s’était fixés au début de cette expérience : prendre en compte les rythmes d’apprentissages différents d’un élève à l’autre, pratiquer une évaluation basée sur les progrès, et effectivement rendre l’évaluation au service des apprentissages.
La mise en place d’un nouveau socle commun, la réécriture des programmes, la nécessaire réflexion autour de l’accompagnement personnalisé ont offert un cadre propice pour passer à cette deuxième phase.

Un livret de compétences/capacités disciplinaires et ses paliers

Pour chacun des cycles, j’ai mis en place (avec l’aide d’Olivier Quinet) un nouveau livret de compétences/capacités reprenant celles du nouveau programme reliées à celles du socle. Surtout, pour chaque capacité, je fournis aux élèves les critères pour atteindre les paliers successifs. L’idéal aurait été de prendre une peu de temps pour en construire quelques -uns avec les élèves dans une perspective d’évaluation formatrice. Une progressivité est proposée entre le cycle 3 et le cycle 4. J’ai choisi de prendre l’image des paliers pour ces repères de progressivité, celle de ceintures ou de brevets aurait bien entendu pu convenir.

le livret 6e

le livret cycle 4

Ces tableaux de capacités et leurs échelles descriptives ont servi de base de départ à ceux qui figurent dans les manuels lelivrescolaire. Le travail coopératif a permis de les simplifier et de les améliorer. Il convient sans doute  à chacun de les adapter à ses élèves, à sa manière de travailler, à ses objectifs…

Evaluer par paliers d’acquisition

Ces grilles étaient bien évidemment utilisées par les élèves pendant leurs activités d’apprentissages, comme guide ou comme outil d’auto-évaluation.

Mais elles ont aussi et surtout été utilisées pendant les évaluations de différentes manières :

  • Permettre une évaluation fine d’une capacité

Il s’agit ici de la façon la plus simple et courante d’utiliser ces paliers d’acquisition : à la lecture d’une production d’élève, chercher quels critères sont bien présents afin de la situer. Les tâches écriture sont bien adaptées à cette utilisation. Quand l’élève termine suffisamment tôt son travail il est intéressant de lui demander de s’autoévaluer.

 

raconter

 

 

 

 

criraconterLa remédiation est toute trouvée : il suffit de demander à l’élève d’améliorer son texte  en visant le palier suivant.

 

  • Proposer une progressivité

Dans d’autres cas, l’exercice d’évaluation proposait aux élèves une progression pour la même capacité évaluée, du palier 2 au 4.

Un exemple en histoire autour de l’analyse d’image :exo paliers successifs

imageUn autre sur la maîtrise du vocabulaire : exvocvoc

  • Laisser le choix du palier visé

Pour d’autres évaluations, d’autres capacités, le choix a été laissé aux élèves de choisir le palier d’acquisition visé. Il s’agit sans aucun doute de l’utilisation la plus intéressante.  Des coups de pouce sont proposés aux élèves afin qu’ils puissent tous réaliser la tâche demandées. Voilà qui rend l’élève acteur de sa progression (et qui évite au passage les copies blanches). A noter que pour les capacités travaillées à de nombreuses reprises, on a pu constater de vrais progrès, tous les élèves terminant l’année au palier 4 pour certaines d’entre elles.

Un exemple en géographie :ex croquis

Des pistes à approfondir dès septembre car « Peut mieux faire » sans doute.