Dans l’Expresso de mercredi dernier François Jarraud titrait à propos d’une étude de la DEPP publiée par la Documentation Française “L’évaluation par compétences est-elle juste ? “ Au vu des dernières prises de positions du Café Pédagogique sur les compétences et le socle commun, on pouvait aisément se douter avant de débuter la lecture de l’éditorial que la réponse y serait négative.
Cette conclusion annoncée dès le titre pose un réel problème. On y confond une fois de plus validation et évaluation. Fallait-il une étude pour se rendre compte que la validation du LPC telle qu’elle a été imposée dans la précipitation pouvait engendrer des inégalités dans la rigueur avec laquelle elle est mise en place ?
Or, c’est justement en absence d’une réelle évaluation par compétences que la validation des compétences peut au final s’avérer injuste. Quand vous évaluez avec des notes toute l’année et qu’on vous demande en juin de valider les “compétences” du LPC, cela se fait à posteriori, sur des ”sentiments” et là forcément comme le souligne l’étude et l’article, les élèves “qui se déclarent bons élèves” (ou qu’on déclare ?) sont avantagés.
Par contre, quand vous avez évalué pendant une voire quatre années les élèves par compétences, quand vous avez conservé des grilles (qu’on qualifie un peu vite d’usines à cases) ou quand vous disposez de leur port-folio, quand vous avez sous les yeux leurs acquis, leurs progrès et leurs manques, la saisie de la validation de compétences se fait entoute connaissances de causes.
NON, l’évaluation par compétences n’est pas injuste, c’est au contraire son absence qui provoque des injustices au moment de la validation.
D’autre part, cette étude est finalement un aveu d’échec. Le Socle Commun doit être -rappelons-le- maîtrisé par tous les élèves en fin de scolarité obligatoire. Il semble donc qu’il n’en est rien.
Certes les profs ont bizarrement toujours beaucoup de scrupules à accepter de “mettre 20″ à tout le monde, comme si un savoir ou une compétence partagé(e) par tous aurait moins de valeur ? à moins qu’il n’y ait une volonté cachée de toujours sélectionner.
Mais force est de constater aussi que le contenu du socle -tout en oubliant des compétences importantes- est souvent trop ambitieux.
Surtout, seule la généralisation de l’approche par compétences et de l’évaluation de même ordre aidera les enseignants à réussir dans cette tâche, grâce au suivi des acquisitions et donc de la remédiation qu’elle permet.
Encore faudrait-il pour cela ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain en déclarant par exemple qu’elle provoque autant d’inégalités que la note…

