Réflexions personnelles sur notre système éducatif et son actualité

Les jugements sur l’évaluation par compétences sont-ils justes ?

Dans Salle des profs le 8 février 2012 à 11 11 41 02412

Dans l’Expresso de mercredi dernier François Jarraud titrait à propos d’une étude de la DEPP publiée par la Documentation Française “L’évaluation par compétences est-elle juste ? “ Au vu des dernières prises de positions du Café Pédagogique sur les compétences et le socle commun, on pouvait aisément se douter avant de débuter la lecture de l’éditorial que la réponse y serait négative.

Cette conclusion annoncée dès le titre pose un réel problème. On y confond une fois de plus validation et évaluation. Fallait-il une étude pour se rendre compte que la validation du LPC telle qu’elle a été imposée dans la précipitation pouvait engendrer des inégalités dans la rigueur avec laquelle elle est mise en place ?

Or, c’est justement en absence d’une réelle évaluation par compétences que la validation des compétences peut au final s’avérer injuste. Quand vous évaluez avec des notes toute l’année et qu’on vous demande en juin de valider les “compétences” du LPC, cela se fait à posteriori, sur des  ”sentiments” et là forcément comme le souligne l’étude et l’article, les élèves “qui se déclarent bons élèves” (ou qu’on déclare ?) sont avantagés.

Par contre, quand vous avez évalué pendant une voire quatre années les élèves par compétences, quand vous avez conservé des grilles (qu’on qualifie un peu vite d’usines à cases) ou quand vous disposez de leur port-folio, quand vous avez sous les yeux leurs acquis, leurs progrès et leurs manques, la saisie de la validation de compétences se fait entoute connaissances de causes.

NON, l’évaluation par compétences n’est pas injuste, c’est au contraire son absence qui provoque des injustices au moment de la validation.

D’autre part, cette étude est finalement un aveu d’échec. Le Socle Commun doit être -rappelons-le- maîtrisé par tous les élèves en fin de scolarité obligatoire. Il semble donc qu’il n’en est rien.

Certes les profs ont bizarrement toujours beaucoup de scrupules à accepter de “mettre 20″ à tout le monde, comme si un savoir ou une compétence partagé(e) par tous aurait moins de valeur ? à moins qu’il n’y ait une volonté cachée de toujours sélectionner.

Mais force est de constater aussi que le contenu du socle -tout en oubliant des compétences importantes- est souvent trop ambitieux.

Surtout, seule la généralisation de l’approche par compétences et de l’évaluation de même ordre aidera les enseignants à réussir dans cette tâche, grâce au suivi des acquisitions et donc de la remédiation qu’elle permet.

Encore faudrait-il pour cela ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain en déclarant par exemple qu’elle provoque autant d’inégalités que la note…

Des ateliers de progrès aux tâches complexes en classe de 4ème en hist-géo-ed civ

Dans Salle de classe le 17 janvier 2012 à 20 08 25 01251

Travailler par compétences dans le cadre du socle commun, c’est :

- prendre en compte les progrès des élèves

- exiger des élèves qu’ils soient capables de mobiliser connaissances et compétences sur le long terme

- donner du sens aux apprentissages et à leur évaluation.

 C’est ce qu’on a tenté de mettre en œuvre dans nos classes de quatrième en s’appuyant notamment sur la lecture du remarquable livre d’A.di Martino et de A-M. Sanchez ” Socle commun et compétences, pratiques pour le collège”, ESF éditeur & Cahiers Pédagogiques et sur la journée de stage animée par J-M Zakhartchouk dans notre établissement l’année dernière.

 Avant les vacances de Noël, les premières parties des programmes étant terminées, nous avons demandé à nos élèves de nous faire des demandes de réévaluation sur certaines capacités travaillées et déjà évaluées depuis le début de l’année (3 par matière). La lecture attentive de leur grille d’évaluation sur SACoche leur a permis de choisir.

Faire de notre “usine à cases” une turbine à progrès…

 Dans le même temps nous leur avons distribué des fiches “je révise par partie” [pour les profs d'hgec curieux c'est ici et ], afin de leur permettre de revoir les premières parties de programme en y cernant l’essentiel.

 A la rentrée de janvier, nous avons proposé à nos élèves des ateliers de progrès, qui leur permettaient de travailler les capacités choisies. A partir de leurs demandes de révaluation , nous les avons répartis dans 7 ateliers de progrès :

  • « maîtriser le vocabulaire »
  • «  connaître les cartes »
  • « construire une carte »
  • « avoir des repères dans le temps (dates, événements, personnages .. ; »
  • « raconter un fait historique »
  • « décrire et expliquer un phénomène géographique »
  • « identifier des liens causes / conséquences »

Les intitulés des ateliers nous ont permis d’y regrouper la quasi totalité des items choisis dans la grille de capacités.

Nos classes de Quatrième sont alignées deux par deux sur des plages horaires de deux heures dans leur emploi du temps. Nous avons donc pu créer des groupes mêlant des élèves de deux classes, chaque professeur prenant en charge la moitié des thèmes proposés.

Ces ateliers ont duré une heure pendant lesquels les élèves ont pu réviser en suivant des pistes de travail données, en croisant leurs cours et en s’appuyant sur les fiches “je révise par partie”.

Ce fut une réussite. La très grande majorité des élèves ont pleinement profité de ce temps de révisions/préparation et d’échanges, l’un d’entre eux nous confiant qu’il avait pour une fois eu l’impression de “réviser vraiment”.

Une semaine après ces ateliers, nous avons proposé aux élèves un  devoir commun sous forme de tâches complexes [un clic pour voir] sur l’ensemble de ce qui a été fait au cours du premier trimestre. A l’issue de ce devoir, les élèves ne seront pas tous évalués sur les mêmes compétences et connaissances mais sur celles qu’ils auront chacun mobilisées pour réaliser ces tâches (qui leur laissaient une part de liberté quant à leur réalisation).

 Certains ont été surpris par ces énoncés mais aucun n’a séché, tous ont travaillé, produit. Reste à découvrir le résultat … objet d’un prochain article.

Cet article est aussi l’occasion de remercier mon collègue C. Lecarlier de me suivre dans ces aventures pédago…

Une approche par compétences, de la remédiation à la ré-évaluation

Dans Salle de classe le 31 octobre 2011 à 18 06 59 105910

Une classe de 4e, en histoire…

temps 1 : une activité par groupe de quatre élèves. A partir d’un corpus documentaire, les élèves doivent réaliser une fiche sur un philosophe des Lumières : 5 étapes-clés de sa vie / son oeuvre / ses idées et conclure en rédigeant un texte de synthèse montrant comment lui (et d’autres philosophes et savants) ont contribué à  modifier l ‘état d’esprit du XVIIIème siècle.

La séance suivante est consacrée à une brève mise en commun (à l’issue de laquelle les élèves s’autoévaluent sur les objectifs annoncés) et à l’élaboration d’une synthèse plus générale sur les Lumières.

temps 2 : évaluation. Les élèves doivent rédiger un paragraphe répondant à la consigne suivante : “Rédigez un paragraphe de quelques lignes dans lequel vous présenterez un philosophe des Lumières (vie, écrits et idées). Vous concluerez en montrant comment lui et les autres philosophes et savants des Lumières ont remis en cause l’ordre politique et social du XVIIIème siècle.”

 A côté d’une compétence transdiciplinaire “comprendre une consigne complexe”, et pluridisciplinaire “rédiger un paragraphe construit” , d’autres objectifs disiciplinaires sont ici attendus “maîtriser quelques repères historiques” / “présenter un philosophe” / ” Présenter les idées des Lumières”

La restitution de cette évaluation se fait sans note mais par capacités, avec quatre niveau d’acquisition. Le message n’est pas “c’est bien / pas bien” mais plutôt “tu as su faire (ou presque) / tu ne sais pas encore le faire”

temps 3 : remédiation. la webapplication SACoche me permet d’obtenir une répartition des élèves en fonction de leur degré d’acquisition pour chacune des capacités évaluées. (cliquer sur l’image pour agrandir)
répartition élèvesJe m’en sers pour former des binômes, en veillant à ce que chacun puisse apporter quelquechose à l’autre. Par deux, les élèves se repenchent sur cette tâche, corrigent leurs erreurs, complètent leur texte… Ils s’appuient pour cela sur leur “grille” de résultats.

temps 4 : réévaluation. Les élèves qui le souhaitaient ont pu me faire part de leur souhait d’être réévalués sur un ou plusieurs points. L’évaluation de la séquence suivante m’en offre l’occasion. Il s’agit en effet d’un contrôle sur “les difficultés de la monarchie française sous Louis XVI” à partir d’un récit d’Arthur Young. L’agronome anglais y évoque justement la diffusion d’”aspirations nouvelles provoquant une grande fermentation chez une partie de la société française”. Ce passage me fournit l’occasion, après d’autres questions ciblées sur la nouvelle séquence, de demander à ces élèves de présenter un philosophe et ces idées nouvelles. Les autres ont droit eux à une question supplémentaire, de synthèse sur les difficultés en 1788.

Evaluation personnalisée en fonction du niveau d’exigence déjà atteint. Chacun devra bien parvenir au même point, mais à son rythme. L’essentiel n’est pas ici de gagner le marathon mais de le terminer.

Tous les élèves concernés ont amélioré leurs résultats par rapport à la première fois (“maintenant tu sais faire” !). Ce n’est pas encore parfait pour tous, ce ne sont pas toujours les idées essentielles qui ont été données mais c’est mieux, et l’étude de la Révolution Française dans quelques semaines permettra d’y revenir.

Cette approche m’a donc permis de faire acquérir à tous des connaissances et des compétences que je jugeais essentielles pour la suite, d’autant plus que la plupart étaient inscrites dans le socle commun. Commun : c’est bien là le mot important ! En tenant compte du rythme d’apprentissage de chacun, en permettant aux élèves de s’appuyer sur leurs erreurs pour progresser, j’ai pu tenter de rendre l’essentiel “commun” à tous.

J’ai beau relire les rapports de l’OCDE que l’on peut trouver sur les sites de syndicats ou mouvements dits progressistes, je ne vois pas en quoi en travaillant ainsi j’ai pu m’inscrire dans une logique ultralibérale.

J’ai beau relire les jérémiades des pamphlétaires médiatiques ou celles des “néo-profs”, je ne vois pas en quoi en travaillant ainsi j’ai pu sacrifier les connaissances, baisser les exigences.

Bien au contraire me semble-t-il puisque tous les élèves maîtrisent désormais ce qui était attendu (mais c’est peut-être justement ce qui gêne les défenseurs d’une école élitiste).

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